Nationalisme corse : les urnes après les armes

La dernière branche armée du Front de Libération National Corse (FLNC), vient d’annoncer la « cessation de ses activités militaires ». Une abdication qui fait les affaires des partis indépendantistes.

La mise en scène a certainement rappelé de mauvais souvenirs à Matignon. Combinaisons noires, balaclavas, fusils‐mitrailleurs en bandoulière : pour annoncer la fin de leurs actions armées, dans la nuit du lundi 2 au mardi 3 mai, les membres du FLNC du 22‐Octobre (branche dissidente du FLNC, qui a déposé les armes en 2014) ont endossé la panoplie des années sombres de l’indépendantisme insulaire. Mais les temps ont changé. Le dernier fait d’arme du groupuscule remonte à la « nuit bleue » du 7 décembre 2012 : une vingtaine de résidences secondaires plastiquées pour effrayer les spéculateurs immobiliers. Entre temps, le nationalisme corse a entamé sa mue démocratique. Pour faire entendre leurs revendications, ses défenseurs préfèrent les affiches de campagne aux tracts sous le manteau. Aux élections de décembre 2015, ils remportent la majorité à l’assemblée de Corse, l’équivalent insulaire du conseil régional. La liste régionaliste emmenée par Gilles Simeoni se fait tout de suite remarquer pour sa pugnacité. Manuel Valls s’offusque quand Jean‐Guy Talamoni, chef du parti régionaliste Corsica Libera, préfère le corse au français pour son discours inaugural.

Défense de la langue, création d’un statut de résident de l’île, reconnaissance des indépendantistes incarcérés comme prisonniers politiques : ce sont les trois principales revendications des nationalistes, qui rassemblent les élus modérés comme les adeptes de la guérilla clandestine. « Nous avons une unité de vue », confirme Petr’Antone Tomasi, numéro 2 de Corsica Libera, « mais aussi une solidarité dans l’action ». Son parti a toujours refusé de condamner les actions violentes du FLNC. « Les condamnations systématiques par d’autres élus n’ont pas réglé le problème ». Mais il voit d’un bon oeil la « démilitarisation » du dernier groupe armé présent sur l’île : « Le processus de paix est encore conforté, et le gouvernement fait face pour la première fois à une situation démilitarisée, grâce à ce nouveau pas. » En clair : au tour maintenant de Paris, taxé de « blocage dogmatique », d’en faire un autre en direction des nationalistes…

Au‐delà du bras de fer avec la métropole, l’annonce du FLNC conforte également la position des indépendantistes sur l’île. Petr’Antone ne se prive pas de vanter la cohésion des troupes : « Ce processus est alimenté par l’action unilatérale des élus engagés en faveur du dialogue. C’est une arme au moins aussi puissante que l’action militaire », se félicite‐t‐il. « Le FLNC considère désormais l’assemblée de Corse comme un relais fiable ». Toutefois, cadre institutionnel oblige, pas question de reconnaître le moindre contact avec le groupe clandestin : « Je ne peux me fonder que sur leurs communiqués », nuance le jeune élu de 27 ans. Il reconnait cependant une « influence » des partis régionaux dans le processus de démilitarisation du FLNC, sans « échange direct ».

Récupérer l’héritage symbolique des combattants sans se froisser avec Paris : résoudre cette délicate équation pourrait bien asseoir la position des partis nationalistes. Petr’Antone n’a pour l’instant qu’une certitude : « la paix est irréversible. »