Quand les marronniers s’enchainent

Un week-end prolongé, c'est l'occasion de se reposer un peu. Les médias n'échappent guère à cette règle et auront prévu leur lot de marronniers pour satisfaire l'insatiable appétit d'information de leur audience. Tour d'horizon des meilleurs marronniers du paysage journalististique.

Demain jeudi, nous fêterons l’Ascension. Un week‐end prolongé s’annonce pour qui aura la chance de faire le pont vendredi. Un week‐end prolongé aussi pour les médias, qui auront l’occasion de vous ressortir de magnifiques marronniers bien feuillus, aux fruits bien mûrs. Embouteillages sur l’autoroute, signification de l’Ascension, premiers jours de grand soleil, combien nous coûtent les jours fériés… Le lecteur ne sera pas épargné. L’occasion pour nous de revenir sur les meilleurs marronniers qui jalonnent toute une année médiatique. Des sujets qui concernent tout un chacun, mais souvent traités avec une bonne dose de vacuité.

  1. La rentrée des classes

On commence avec ce qui est sûrement la catégorie reine des marronniers. On suivra une mère célibataire en difficulté pour payer les fournitures scolaires de sa fille, qui fait sa rentrée en sixième. Fille, qui d’ailleurs risque de souffrir de problèmes de dos chroniques, à cause du poids excessif de son cartable. Alors pourquoi ne pas en acheter un à roulettes ? Ou mieux, remplacer les manuels scolaires, inventions d’un autre temps, par des tablettes numériques ? L’occasion de demander leur avis aux enseignants, qui vont devoir repenser leur pédagogie, à l’heure de la révolution du digital.

2. Noël et la nouvelle année

Vous êtes les bienvenus chez Joël, petit producteur du Périgord. Son stand au marché de Noël de Strasbourg est victime de son succès. Son foie gras, imprégné de terroir, subit la concurrence de ces grands groupes qui gavent des oies à la chaîne. Un véritable scandale. Mais qui n’empêche pas cette famille picarde d’en acheter en quantité pour le grand repas de famille du réveillon. Et alors les cadeaux ? plutôt le 24 au soir ou le 25 au matin ? Au fond peu importe, puisque le magnifique pull à col rond que vous avez offert à votre cousin Maxime, finira sur le Bon Coin en moins de vingt‐quatre heures.

3. La nouvelle année

D’ailleurs ce pull, en plus d’être particulièrement laid, était un poil juste niveau taille. Il va falloir se remettre au sport. Enfin une bonne résolution. Les bonnes résolutions d’ailleurs, qui les tient vraiment ? Sont‐elles utiles ? Réponse avec une spécialiste du bien‐être. Elle vous rappellera également l’importance de ne pas trop chauffer une chambre la nuit. Une aubaine, avec l’augmentation du prix du gaz. Eh oui ! beaucoup de choses changent au 1er janvier : prix de l’électricité, primes en tout genre, revalorisation du SMIC indexée sur un taux obscur, etc, etc.

4. Les premières neiges

Premier flocons. Premières journées d’école buissonnière pour les enfants des campagnes. Premiers parisiens bloqués chez eux, apeurés par quelques plaques de verglas. Premières chaines sur les roues. Premiers bonhommes de neige. Premières descentes sur les pistes de ski. Première étoile. Dernière avalanche.

5. Les jours fériés

Les jours fériés des premiers mois de beau temps n’en finissent plus de déchainer les passions. Les uns affirment que Pentecôte, Ascension et consorts nuisent à notre productivité. Les autres veulent qu’ils soient remplacés par des fêtes juives ou musulmanes. Ou hindouistes. Déjà que personne ne sait vraiment à quoi correspondent ces journées spéciales. Surtout une question reste en suspens : les Français profitent‐ils vraiment de ces week‐ends pour partir ?

6. Les départs en vacances 

Alors que juilletistes et aoutiens se retrouvent lors du traditionnel chassé‐croisé des vacances, la famille Durand prend une pause bien méritée sur l’aire de Montélimar. Au programme : sieste pour papa dans un hamac, lecture pour maman sur des transats colorés, et toboggans en tous genres pour les petits Enzo et Léa. On pensera à passer un coup de fil à mamie Josette restée à Angoulême dans la maison de retraite « Les trois chênes ». Car comme tout sénior qui se respecte, mamie Josette souffre de la canicule. Une hydratation régulière et riche en minéraux lui permettra de passer l’été sans malaise.

7. Les classements en tout genre

Critique avisé et fin enquêteur, le journaliste sait aiguiller avec discernement son lecteur égaré. Classement des meilleures universités, des meilleurs hôpitaux, des écoles de commerce, des villes les plus agréables à vivre, des universités, des écoles d’ingénieur, des vins, des assurances‐vie. Il ne manque plus qu’un classement des meilleurs classements et la boucle sera bouclée.

8. Le Bac

Dans les médias, le Bac répond sensiblement au même traitement que le Festival de Cannes. Une cérémonie d’ouverture grandiloquente avec les sujets de philo, dans laquelle les étudiants sont appelés à « ne pas recracher leur cours et à faire preuve de sens critique ». Puis viennent les portraits de ces apparatchiks du Baccalauréat : René, retraité de 75 ans qui compte bien enfin obtenir ce sacro‐saint diplôme. René sera invité en plateau avec Julie, plus jeune bachelière de France, qui aura sauté quatre classes. Mais pas d’inquiétude :  elle a déjà la maturité nécessaire pour s’intégrer sans heurts dans un groupe de tout jeunes adultes. Enfin viendra le temps des récompenses. Bravo à Louis, Rémy et Sébastien, ces triplés qui ont chacun obtenu la mention « Bien ». La palme reviendra à Laure, qui à 17 ans, a obtenu la moyenne de 21,03 sur 20, grâce à ses incroyables performances en latin et en escrime. En prime, un hors‐série de Philosophie magazine, pour bien se préparer à étudier des citations de Spinoza. A lire donc. Mais pas la veille, hein. La veille on se vide la tête. On va au cinéma avec les copains.