Brigitte Goldberg, la seule transsexuelle qui a (presque) atteint la présidentielle

Elle savait la lutte perdue d’avance. « Quand j’ai commencé la campagne, je savais que ça n’avait aucune chance d’aboutir », admet aisément Brigitte Goldberg. Elle a été la première et la seule femme transsexuelle à se présenter à l’élection présidentielle en France, en 2012. A tenter, du moins : faute d’avoir pu réunir les 500 parrainages requis, sa candidature n’atteindra jamais le premier tour. A ce jour, seule Camille Carbal a pu surmonter la « chape de plomb » qui pèse en politique sur les personnes transgenres quand elle a été élue en 2001 conseillère municipale du XVII° arrondissement de Paris sur une liste des Verts. Depuis, les candidatures trans sont restées lettre morte.

Le plafond de verre commence pourtant à s’effriter partout dans le monde. L’Espagne, la Pologne, l’Italie, ont déjà élu des personnes transgenres à des postes nationaux, malgré une forte tradition religieuse. Les Philippines suivront peut‐être lundi 9 mai. Geraldine Roman a 49 ans, dont les 22 derniers vécus sous une identité féminine. Elle est surtout issue d’une dynastie politique qui lui offre de grandes chances d’être élue députée au parlement philippin et succéder à sa mère, Herminia Roman, députée sortante de la première circonscription de Bataan, dans le nord du pays. Pourtant, dans ce pays où 80% de la population est catholique, le mariage homosexuel, le divorce et l’avortement sont toujours interdits. Et les personnes transgenres ne sont autorisées à changer ni de nom, ni de sexe.

« Une transsexuelle candidate à la présidentielle »

La tradition catholique française n’expliquerait pas l’invisibilité des personnes transgenres sur la scène politique. Brigitte Goldberg lie directement cette absence aux difficultés rencontrées par les transgenres pour le changement de leur état civil, qui représente autant d’obstacles pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes en transition. « S’il y avait une volonté politique d’inclusion des personnes transgenres, on aurait aussi des trans dans la vie politique, assure Brigitte Goldberg. En tout cas, des trans déclarés. Pour l’instant, le mot d’ordre c’est « pour vivre heureux, vivons caché ». » Et de citer les Etats‐Unis comme exemple : « Obama a engagé une trans à la Maison Blanche, et il en était fier, il tweetait même sur le sujet ! »

Quand elle se remémore sa course aux paraphes, Brigitte Goldberg n’a qu’un regret, celui d’avoir été réduite à son identité sexuelle. Comme lors de cette visite de campagne au siège d’IBM, où la candidate doit rencontrer syndicats et direction puis clore l’événement par la traditionnelle conférence de presse. « Rien que de très normal, comme aurait pu faire n’importe quel candidat », souligne‐t‐elle. A 48h de l’événement, l’entreprise change ses plans. Brigitte Goldberg ne pourra que rencontrer les syndicats LGBT du groupe, qui joue depuis plusieurs années sur une touche « gay‐friendly ». « Je n’étais pas une candidate à la présidentielle transsexuelle, j’étais une transsexuelle candidate à la présidentielle », regrette‐t‐elle.