Disparition : Siné file

Connu pour ses dessins provocateurs, Siné est mort à l’âge de 87 ans. Il a été pendant plus de 20 ans une figure historique du journal satirique Charlie Hebdo avant de fonder sa propre publication.

« Qu’il fasse gaffe, avec l’oxygène que je me fous dans le nez, je ne suis pas prêt de mourir ». Du Siné dans le texte. Jamais dans la demi-mesure. Toujours rigolard. La charge date de 2008 et cible Philippe Val, alors directeur de Charlie Hebdo. A l’époque, le dessinateur vient d’apprendre qu’il a une « saloperie aux poumons » et est au centre d’une énorme polémique. Dans une chronique, il ironise sur une possible conversion au judaïsme de Jean Sarkozy. Le tollé est énorme. Siné est taxé d’antisémitisme. « Les lettres d’insultes, ça me met en joie. J’en ai rien à foutre », rétorque-t-il dans une interview à Libération.

Dans la galaxie des provocateurs, Siné ressemble à un roc inamovible, indomptable et invulnérable. « Mourir ? Plutôt crever ». Et pourtant. Michel Sinet, de son vrai nom, est mort ce jeudi matin, à l’âge de 87 ans, « à l’hôpital Bichat des suites d’une opération ». « Il devait subir cette nuit une grave opération du poumon », a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP), Me Dominique Tricaud, l’avocat de la famille.

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Mercredi, dans la « mini zone » du site de son magazine Siné Mensuel, il délivrait une chronique des plus prémonitoires: « Je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier ». Quelques mots et quelques lignes pour préparer sa sortie. Le caricaturiste avait déjà tout prévu. Sa sépulture est déjà prête : un bronze représentant un cactus en forme de doigt d’honneur qui surmonte un caveau pouvant accueillir jusqu’à 60 urnes funéraires. Une dernière maison à l’image du dessinateur.

Ennemi du politiquement correct, figure du dessin satirique, il adorait s’attaquer aux puissants, aux colonialistes, aux figures d’autorité et aux religions. Siné ne se considère pourtant pas comme un anarchiste : « Je ne crois pas mériter ce titre. J’ai flirté avec le communisme, les trotskistes … Si j’avais été plus jeune, j’aurais été stalinien. Moi, c’est plutôt le fait de ne pas être d’accord, en rien ». L’art du contre-pied en permanence. Quitte parfois à flirter avec la ligne rouge comme en 2004 où il soutient la liste Euro-Palestine de Dieudonné.

Une figure de Charlie Hebdo

Le mariage avec Charlie Hebdo paraît évident. Six ans après Siné Massacre, « 7 numéros, 9 procès », il intègre en 1974 la première équipe de Charlie, et rejoint des fortes personnalités comme Reiser, Wolinski, Cavanna ou Willem. Lors du retour du journal satirique en 1992, il fait également partie de l’équipe. Remercié par Philippe Val après l’affaire Sarkozy, il fonde Siné Hebdo puis, malgré ses ennuis de santé, lance Siné Mensuel, qui fait face à de grandes difficultés financières. Il a lui-même dessiné la dernière couverture du journal.

Siné sera enterré au cimetière de Montmartre. Sa grande gueule reposera bientôt six pieds sous terre. Il fallait bien ça pour le faire taire.