“Roulette sexuelle” en Espagne : info ou intox ?

Vous avez sans doute vu passer sur les réseaux sociaux une série d’articles évoquant le jeu de la “roulette sexuelle” en Espagne. Cette pratique décrit des orgies sexuelles non protégées avec des participants porteurs du VIH et d’autres séronégatifs qui “s’offriraient” ainsi le frisson d’un risque de contamination. L’équipe de Blate décrypte pour vous le vrai du faux de cet article viral, qui contient (spoiler) pas mal d’approximations.

  1. La roulette sexuelle est un phénomène nouveau : FAUX

C’est surtout une pratique fantasmée qui resurgit dans la presse régulièrement depuis 2002 alors que cela n’a rien de nouveau. L’expression de “roulette sexuelle” remonte aux années 1990 et apparaît pour la première fois aux Etats‐Unis. Elle est même le titre de l’album de Art Bergmann, un artiste de rock alternatif américain. Cette “tendance” est donc tout sauf nouvelle et reste un épiphénomène. Aucun chiffre ne permet aujourd’hui de dire avec certitude si cette pratique est vouée à se démocratiser.

  1. L’article espagnol repris par les médias français se base sur des témoignages : VRAI ET FAUX

L’article sur lequel se reposent les médias français a été publié par le site web espagnol Cadena Ser, qui fait parler José Mallolas, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de jour de Barcelone. Un témoignage qu’il est facile de remettre en cause puisqu’il est… le seul. Le médecin évoque un jeune homme adepte de ces soirées, mais aucune preuve ne permet de vérifier ses dires. De quoi remettre en question la véracité de l’enquête.

  1. La “roulette sexuelle” entretient des clichés autour de la séropositivité : VRAI

L’article alimente des fantasmes sur les personnes séropositives. Tout d’abord, que ce sont des individus qui sont responsables de leur contamination en raison de leur sexualité débridée. La photo d’illustration de l’article de la Cadena Ser dévoile en effet une capture d’écran d’un site de rencontres gays “bareback”, c’est-à-dire des personnes qui s’adonnent au sexe anal sans préservatif. Enfin, comme le dénoncent régulièrement les associations de lutte contre le sida, l’article présente les individus séropositifs comme des dangers pour la société alors que les traitements actuels permettent de réduire drastiquement la charge virale des séropositifs et donc la transmission du virus.