Trump, vainqueur isolé des primaires républicaines

Après son succès dans l’Indiana, et le retrait de ses concurrents directs, Donald Trump va devenir le candidat des républicains pour la présidentielle américaine. Mais l’homme d’affaires part perdant, notamment en raison des divisions qu’il suscite dans son propre camp.

« You Can’t Always Get What you Want ». Ce titre, que les Rolling Stones ont interdit à Trump d’utiliser dans sa campagne jeudi, résume l’atmosphère générale régnant chez les républicains au lendemain de la victoire du milliardaire. Plus populiste que populaire, le candidat à la mèche blonde est loin de faire l’unanimité dans son camp après le retrait mercredi des deux derniers adversaires de Trump, Ted Cruz et John Kasich.

Selon Le Monde, Trump est le candidat le plus mal « élu » du XXIème siècle dans les primaires républicaines. Au terme de la quatorzième semaine, il a convaincu 48% des délégués. A titre de comparaison, Romney disposait de 55% des délégués en 2012, McCain 66% en 2008 et Bush, loin devant, 83% en 2000. Embarrassant pour la plupart des candidats républicains, dont les derniers en course ont fini par se liguer sous la bannière du « tout-sauf-Trump ». En vain pour la primaire.

Dans son propre camp, les soutiens se font rares. Les deux derniers présidents républicains, Bush fils et Bush père, figures de l’appareil républicain par excellence, ont indiqué qu’ils resteraient en marge de la campagne présidentielle. « Les Bush conservent une forme d’amertume au sort que Trump a réservé à Jeb Bush durant la campagne : il l’a utilisé comme souffre-douleur et l’a littéralement humilié”, explique Vincent Michelot, spécialiste de l’histoire politique des États-Unis. “Ils préfèrent cultiver une forme de réalisme mêlé d’opportunisme politique : ils n’ont aucune raison de s’engager vis-à-vis d’un candidat qui est annoncé largement perdant, et ainsi d’entacher leur réputation. »

Une partie de la presse conservatrice ne compte pas soutenir Trump, et envisage même d’appeler à voter Clinton pour lui faire barrage jusqu’au bout. Depuis mardi, les républicains enflamment Twitter: ils jurent de ne jamais voter pour le milliardaire, certains brûlant leur carte électorale, comme Lachlan Markay, un journaliste conservateur.

https://twitter.com/lachlan/status/727666316748935169

 

Obligé de rassembler

En cas d’affrontement avec Hillary Clinton, la favorite des démocrates, Trump est annoncé largement perdant. Un sondage Wall Street Journal/NBC révèle que 65% des électeurs ont une opinion défavorable de Trump, contre 24% d’opinion favorable. Un autre sondage CNN publié mercredi donne 54% d’intentions de vote à Clinton — qui n’atteint pas non plus des sommets de popularité chez les démocrates — contre 41% pour Trump. Las des provocations qui lui ont attiré l’inimitié, voire le rejet de son propre camp, le candidat cherche désormais à rassembler ‚même au-delà de son propre camp. Dernier exemple en date : son retournement de veste sur le salaire minimum, qu’il veut désormais augmenter à 15$ de l’heure contre 7,25$ aujourd’hui. Une mesure également partagée par… Bernie Sanders, le rival d’Hillary Clinton dans la course à l’investiture démocrate.

Ses provocations répétées lui ont mis à dos plusieurs pans déterminants de l’électorat américain: les Afro-américains, les Latinos… mais surtout les femmes. La clé se retrouve peut-être du côté des électeurs diplômés, sur lesquels Romney et McCain s’étaient appuyés lors de leurs campagnes respectives, et qui sont largement favorables à Clinton aujourd’hui. “La mathématique est impitoyable, reprend Vincent Michelot en mettant en avant un autre cible électorale potentielle. Trump part avec 75% d’opinion négative sur certains types d’électorat ; il doit donc compenser et réunir 80–90% des voix dans le seul segment où il est fort : les hommes blancs peu diplômés.”

En façade, le parti républicain soutient Donald Trump. Timidement. Son président, Reince Priebus, s’est résigné en appelant dès mardi à l’unité, qualifiant le milliardaire de “candidat présumé”. « On pourrait diviser le camp républicain en trois parties”, poursuit Vincent Michelot. “Un petit nombre croit en la candidature de Trump, qu’ils voient comme un candidat en accord avec le socle électoral du parti et capable d’en mobiliser la base, à la manière d’un Mitt Romney en 2012 ou d’un John McCain en 2008. Le fait que Trump ne soit pas un homme politique “classique” plaît également à ces militants. “On trouve le camp des résignés, préoccupés par deux idées majeures : éviter l’éclatement du parti républicain et une défaite au Sénat, poursuit le chercheur. Leur hantise : que les conservateurs ne se rendent pas aux urnes pour Trump, puis pour les élections du Sénat dans la foulée “. Enfin, les intellectuels du parti, qui s’opposent ouvertement à Trump.”Certains sont allés jusqu’à dire qu’ils “la” soutiendraient, sous-entendu, qu’ils soutiendraient Hillary Clinton en cas de duel au second tour.

L’objectif du candidat républicain est donc d’adoucir son ton pour devenir, comme il le dit, “plus présidentiel”. Méfiance de son propre camp, changement soudain de cap, sondages défaitistes…La perspective de voir Trump s’asseoir sur le fauteuil du bureau ovale est encore très incertaine.