Fort McMurray en flammes : pourquoi le Canada entier se sent en danger

La région de Fort McMurray est l'un des sites pétroliers les plus importants au monde. Cette raison, et quelques autres, aggravent l'ampleur de l'incendie qui dure depuis plusieurs jours.

  • Parce que c’est la troisième réserve de pétrole au monde

La ville de Fort McMurray, située dans l’Ouest du Canada, est basée sur la troisième réserve mondiale de pétrole, après l’Arabie Saoudite et le Venezuela. Le site produit près d’1,7 million de barils de pétrole par jour, avec un gisement évalué à 169 milliards de barils. L’Iran ??? Les grands groupes pétroliers, comme ExxonMobil, Shell ou encore Total, y exploitent une ressource coûteuse : le sable bitumineux. Le site de Fort McMurray représente le plus vaste chantier industriel de la planète.

Le jeu-documentaire Fort McMoney permet de visiter les lieux :

  • Parce que le coût des réparations sera faramineux

Le budget de la ville de 76 000 habitants dépend à 90% de la production de pétrole. Les pertes économiques auront donc des répercussions sur ses finances. La facture pour régler les frais liés à cet incendie pourrait s’élever à 9 milliards de dollars canadiens, soit 6 milliards d’euros, selon un analyste de la Banque de Montréal. C’est quasiment l’équivalent du budget du ministère de la Culture en France.

Les gouvernements provincial et fédéral ont déjà décidé de mettre un dollar pour chaque dollar versé par les Canadiens à la Croix-Rouge. Celle-ci a levé 11 millions de dollars canadiens hier.

Autre conséquence, la hausse du cours du baril du pétrole. Jeudi au soir, le cours de référence (WTI) pour livraison en juin a gagné 54 cents à 44,32 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). En séance, le baril était monté jusqu’à 46,07 dollars, un niveau que l’on n’avait plus vu en clôture depuis novembre.

Les entreprises exploitant le site ont également souffert de l’incendie, qui a ralenti sa production. Suncor, qui produit plus de 400 000 barils de pétrole par jour dans la région, a ainsi stoppé son principal site de production, au nord de Fort McMurray. Shell Canada a également suspendu sa production sur le site Albian, à 95 kilomètres au nord de FortMcMurray, qui produit environ 255 000 barils par jour, a indiqué la compagnie. Le consortium Syncrude, qui exploite le plus grand gisement de sables bitumineux de la région, a aussi réduit sa production, sans donner de chiffres. Les incendies n’ont pas, jusqu’ici, affecté la production d’autres grands groupes, comme Imperial Oil, filiale canadienne du groupe américain ExxonMobil, ou Canadian Natural Resources.

  • Parce qu’il faut des moyens exceptionnels pour évacuer la zone

Imaginez Calais complètement vidée de sa population en 48h. Soit 100 000 habitants. C’est ce qui s’est passé dans la région de Fort McMurray en deux jours, après le début de l’incendie. 25 000 personnes sont encore bloquées dans la ville, dans des camps. Un pont aérien a été mis en place pour évacuer 8 000 d’entre elles. Les autres devront s’organiser en convoi routier en traversant la ville dévastée, pour rejoindre Edmonton, à plus de 500km au sud. La mobilisation des secours est spectaculaire : plus de 1 100 pompiers, une vingtaine de bombardiers d’eau et autant d’hélicoptères.

Au total, ce sont 85 000 hectares qui ont brûlé dans toute la province, presque aussi grande comme la France. 12 000 hectares autour de Fort McMurray ont été touchés.

  • Parce que les habitants de Fort McMurray ne pourront pas rentrer chez eux avant longtemps

“Il est évident que les dégâts causés” par les feux à Fort McMurray “sont conséquents et la ville n’est pas du tout sûre pour le moment”, a affirmé Rachel Nodley, Première ministre de la région de l’Alberta. Selon elle, il faudrait du temps, une fois les feux circonscrits, pour sécuriser l’ensemble de la ville. “Je vais être très directe (…) ce n’est simplement pas possible, ni responsable de spéculer sur le moment où les habitants pourraient rentrer”, a‑t-elle déclaré jeudi. “Malheureusement, nous savons que ce ne sera pas une question de jours.” Dans ces conditions, des mesures doivent être prises sur le moyen terme à la fois pour les logements, pour la scolarité des enfants et simplement pour assurer la vie quotidienne des 76 000 habitants de la ville. Une population aussi importante que celle de Périgueux, en France. Au sud-ouest de la ville, les quartiers de Waterways et de Beacon Hill ont été détruits à respectivement 90% et 70%, selon la mairie de Fort McMurray. La moitié du quartier Abasand, plus au nord, n’est plus que cendres et carcasses noircies.