Malgré “Marseille”, Depardieu reste le plus grand

Dans la série Netflix Marseille, Gérard Depardieu joue un homme politique. Si la qualité de la série est discutable, l’acteur reste au-dessus de la mêlée. Comme toujours.

« Une bouse », « une débandade artistique », « un profond goût d’inachevé »… Les avis négatifs pleuvent sur Marseille, la première création originale française de Netflix (House of Cards, Orange is the new Black).

Au milieu de cette avalanche de critiques, se trouve le plus grand talent de l’histoire du cinéma français. Gérard Depardieu, 67 ans, dans son rôle d’homme politique marseillais, tient la baraque. Pour Le Monde, il est “là, sans plus” mais “possède un tel talent qu’on lui demanderait d’incarner le penseur de Rodin” qu’il le ferait “bien”. Le personnage reste insaisissable. « Un bon acteur, c’est celui qui a beaucoup vécu », déclare‐t‐il dans une interview à Ciné Live en 2001. Une phrase qui résume sa vie.

Même dans les pires films de sa carrière, l’homme aux deux César — pour Le Dernier Métro en 1981 et Cyrano de Bergerac en 1991 — surnage. Si les films sont mauvais, lui reste au sommet. Là est son paradoxe depuis une dizaine d’années. Comme dans Welcome To New York d’Abel Ferrara, long‐métrage indécent, au voyeurisme débectant. Il revêt le large costume de Dominique Strauss‐Kahn avec une justesse fantastique. Les dérives du politique s’illustrent dans le physique gargantuesque de l’acteur. Sa seule prestation suffit à s’attarder sur cette oeuvre anecdotique. Celui qu’on surnomme « Pétarou » a bien conscience que certains films ne reposent que sur lui et son nom. Le métier d’acteur est, pour lui, « un vrai métier de voyou » dans lequel « on peut plumer qui on veut », confessait‐il dans une interview au Monde en 1999.

Mais il serait injuste de réduire Depardieu à un rôle de sauveur de navets. Certes, le natif de Châteauroux a un appétit d’ogre depuis le début de sa carrière en 1967 qui le pousse à croquer dans de nombreux scénarios, souvent sans les lire. Mais depuis quinze ans, ses performances restent associées à de très bons films. Le plus marquant est sans doute Mammuth des deux grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern. Il incarne Serge Pilardosse, un employé à la retraite que ses anciens patrons ont omis de déclarer. Depardieu est transformé : cheveux longs, sobre, taiseux, il interprète avec une formidable humanité la mélancolie de son personnage. Il fut à ce titre nommé pour le César du meilleur acteur en 2011.

C’est, en réalité, sa quatrième nomination depuis 1995. La profession l’adore. Drôle de contradiction, car si la presse l’attaque pour ses frasques et ses dérapages (son amour de Poutine, son exil fiscal …) les critiques ne le lâchent jamais et l’encensent même quand l’oeuvre suit la virtuosité de l’acteur. L’année dernière, sa prestation pour Valley Of Love de Guillaume Nicloux, lui a également valu une nomination aux César. Même chose en 2007 pour son rôle dans Quand j’étais chanteur, de Xavier Giannoli.

Un monstre à la carrière unique

En réalité, Depardieu souffre de la confusion entre sa condition d’artiste et sa personnalité incontrôlable,. Tour à tour adulé, détesté, héros et traitre de la Nation, génie et bouffon, ses frasques font parler et, lui, envoie valser le politiquement correct.

o-DEPARDIEU-INROCKS-facebook

Depardieu est un monstre : « Je suis un Stradivarius dans une carrure de camionneur », exprime‐t‐il avec son art de la formule. Boulimique de la caméra, protégé de Blier et Duras, il dépasse de son vivant des monstres sacrés du cinéma français comme Gabin, Montand ou Belmondo. Parce qu’il n’est jamais dans la caricature et peut se réinventer sans cesse. Il donne l’impression qu’il pourrait tout jouer même le bottin et, dans cette affirmation, se tient la vérité. Depardieu est capable du pire (Tais‐toi en 2003, Disco en 2008) comme du meilleur. De la prise de risque maximale à la facilité la plus bancale. Sur scène, comme à l’écran (grand ou petit). « Les émotions simples sont les plus difficiles à vivre », déclare‐t‐il en 2006 dans une interview au Nouvel Obs. En tous cas, Depardieu parvient à parfaitement les jouer.