Année noire à Canal : ces départs volontaires… ou subis

C'est un départ qui fait couler beaucoup d'encre : celui de Yann Barthès, qui présentera Le Petit Journal pour la dernière fois le 23 juin. Il est pourtant loin d'être le premier de la chaine à quitter Canal Plus, depuis le début de l'ère  Bolloré. Décryptage. 

Avec le départ de Yann Barthès du Petit Journal, Canal Plus  perd son présentateur vedette, garant des meilleures audiences en clair – entre 1,1 à 1,4 million de téléspectateurs. Sa décision de quitter l’émission, dont il est pourtant le coproducteur, s’expliquerait par les incertitudes quant à l’avenir de la chaîne et du programme: le président du groupe, Vincent Bolloré, souhaite réduire les coûts et les émissions en clair.

Contrairement à Yann Barthès, tous n’ont pas eu la chance de choisir leur départ. Depuis son arrivée à la tête de la chaîne cryptée, Vincent Bolloré a limogé plus d’une trentaine de cadres dirigeants, auteurs ou producteurs. Retour sur l’hémorragie qui touche Canal depuis près d’un an.

 

« A tchao bon dimanche ! » : l’adieu de quatre auteurs des Guignols

 

JUILLET 2015

Les quatre principaux auteurs des « Guignols de l’info » – Lionel Dutemple, Julien Hervé, Philippe Mechelen et Benjamin Morgaine –, apprennent qu’ils devront quitter l’émission emblématique de Canal.

C’est la décision du nouveau directeur général du groupe, Maxime Saada, qui explique alors qu’ils seraient « trop usés » et ne correspondraient plus à ce que les nouveaux patrons voudraient faire sur la chaîne.

Lionel Dutemple, plume des « Guignols » depuis seize ans, aurait payé sa proximité avec Rodolphe Belmer, selon plusieurs sources.

 

L’hécatombe à la direction

 

JUILLET A DECEMBRE 2015 

En plein été, Rodolphe Belmer, le numéro deux du groupe Canal+, est écarté de la direction générale par un simple communiqué de Vivendi. Il est remplacé par Maxime Saada, son adjoint, celui‐là même qui avait décidé du départ des quatre auteurs principaux des « Guignols ». Vincent Bolloré n’aurait pas beaucoup apprécié que Rodolphe Belmer souffle sur les braises de l’incendie… déclenché par une possible disparition des fameuses marionnettes. C’est le serpent qui se mord la queue.

Une semaine plus tard, son ami Renaud Le Van Kim, ancien producteur du “Grand Journal”, est contraint au départ de sa propre entreprise, KM production. Cette société, qu’il avait fondée en 1994, était un partenaire historique de Canal Plus. Elle produisait notamment “Le Grand Journal”, “Le Before” et plusieurs soirées événementielles de la chaîne comme la cérémonie des César, “Le Débarquement” ou encore les cérémonies d’ouverture et de fermeture du festival de Cannes.

Proche de Belmer et de Le Van Kim, Ara Aprikian, patron des chaînes en clair D8, D17, et i‐Télé, s’ajoute à la liste des départs fin juillet.

En septembre, la série des départs se poursuit :

Sophie Guieysse, la directrice des ressources humaines (DRH) du groupe, fait ses cartons. Elle est immédiatement remplacée par Mathieu Peycere, lui‐même à la tête des ressources humaines de Vivendi, maison mère de la chaîne cryptée.

Nathalie Coste Cerdan, directrice Cinéma du groupe arrivée en 1995, doit partir. Son maintien avait pourtant été garanti par Vincent Bolloré quelques jours avant son limogeage.

Puis c’est au tour de Thierry Thuillier. L’éphémère directeur des sports, sera resté à peine trois mois à la tête de ce service de Canal. L’industriel breton en profite pour placer un de ses proches au sein de la chaîne. En l’occurrence, Thierry Cheleman qui, dans le passé, a été patron des sports de Direct 8.

Le même mois, Alice Holzman, patronne de Canal Sat, est balayée en quelques mots par l’actionnaire avec de nombreux autres dirigeants, dont Bertrand Meheut (président du directoire), Olivier Courson (président de Studio Canal), Delphine d’Amarzit (secrétaire générale), Thierry Langlois (directeur des antennes), ou encore Roger Coste (président de la régie).

Décembre. Julien Verley, membre du directoire chargé de CanalSat, est limogé. Proche de l’ancien président Bertrand Meheut qui l’avait fait venir d’Aventis en 2006, Julien Verley était entré à la chaîne cryptée comme directeur financier. A peine quatre mois avant son limogeage, Vincent Bolloré l’avait nommé membre du directoire, pour s’occuper notamment de CanalSat.

L’annonce de son départ intervient en même temps que celui d’Arnaud de Courcelles, arrivé dans la chaîne en 2005 et directeur adjoint des sports, et celui de François Couton, arrivé en 2007 et directeur finance et performance de CanalSat.

 

Purge à iTélé

 

SEPTEMBRE 2015

Cécilia Ragueneau, directrice générale d’iTélé, et Céline Pigalle, directrice de la rédaction, sont remerciées. A leur place, Vincent Bolloré nomme un seul homme : Guillaume Zeller, ancien directeur du pôle digital de Direct Matin. Celui que StreetPress présente comme un « catholique traditionaliste », a également participé au lancement de Direct 8 en 2005, à l’époque propriété du même Bolloré.

Laure Bezault, secrétaire générale de la rédaction, est renvoyée une semaine plus tard. Incompréhension des journalistes de la chaîne pour qui elle représentait le lien direct entre la rédaction et s’entendait « avec quasiment tout le monde ».

Face à cette purge dénoncée par les médias, Vincent Bolloré avait été auditionné par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le 24 septembre 2015. Le président du groupe avait alors expliqué que le remplacement d’une « petite dizaine de personnes » (sic) n’avait « rien d’anormal ».

 

 

image à la une:    capture d’écran de l’émission “Les Guignols” représentant la marionnette de Vincent Bolloré