Comment le Petit Journal a changé la télévision française

Depuis douze ans, « le Petit Journal » a rafraîchi l’information à la télévision. Au point de devenir une source d’inspiration pour nombre de médias.

Yann Barthès a annoncé ce lundi qu’il quittait le Petit Journal (Canal Plus) pour rejoindre TF1 et TMC à partir de septembre 2016. Avec son départ, le format du Petit Journal va être retravaillé. Une véritable révolution pour l’émission la plus vue en clair sur Canal Plus.

Un présentateur sur mesure

Barthès incarne à lui seul son émission. Il rompt avec les présentateurs de JT classiques et formels : barbe taillée au millimètre, cheveu poivre et sel, Stan Smith aux pieds, sourire ironique. Il s’adresse directement à l’audience et adopte une posture plus proche de l’ami qui raconte l’actualité que du journaliste distant à l’égard de son sujet.

Il s’est créé un personnage, proche de la cible à laquelle il s’adresse. A titre de comparaison : la moyenne d’âge de l’émission s’élève à 47 ans, là où les téléspectateurs du journal de 20 Heures de France 2 affichent 61 ans en moyenne.

 

Yann Barthès se concentre sur les coulisses pour dénoncer la communication politique

C’est la principale innovation cathodique du Petit Journal. Depuis sa première diffusion, le 30 août 2004, l’émission n’hésite pas à diffuser du « off ». Elle montre l’envers du décor des meetings et des conférences de presse des hommes politiques.

Les éléments de langage de Jean‐François Copé, les ratés dans la communication de François Hollande ou les redites de Nicolas Sarkozy d’un discours à l’autre et le traitement réservé à ses journalistes par le Front national ont fait la célébrité de l’émission.

 

Le Petit Journal n’a pas peur de mélanger information et humour

L’émission produite par Bangumi mélange l’information et l’humour. Un sujet d’actualité est traité en deux temps. Une première phase très factuelle, et une seconde à forte touche humoristique avec des séquences récurrentes (Catherine et Liliane, Eric et Quentin, Charlotte Le Bon en son temps…).

En plateau, l’émission promeut l’interactivité entre le présentateur et ses journalistes, et les séquences sont courtes et rythmées.

Aucun autre journal diffusée en clair à une heure de grande écoute ne mêle à ce point le léger et le plus sérieux. Et dans la construction des sujets, le second degré est primordial.

 

L’émission mène des combats sociaux et politiques

L’émission n’hésite pas à prendre position et à se montrer revendicative. Elle a ainsi pris partie pour le mariage pour tous. Elle a aussi critiqué Fox News après le 13 novembre. La chaîne américaine conservatrice avait qualifié de “no‐go zones” (zones interdites ou dangereuses) certains quartiers de Paris. Yann Barthès avait demandé plusieurs semaines durant des excuses à la chaîne et obtenu gain de cause.

 

Les journalistes sont les personnages principaux de leurs sujets

Le Petit Journal met en scène ses journalistes et chroniqueurs. Les reporters de l’émission sont toujours présents au premier plan de leurs sujets.

C’est le cas de Martin Weill : le jeune homme parcourt la planète depuis 2013 et son visage est connu de tous. Incarner les reportages, une méthode qui a des petites sœurs. Aujourd’hui, presque toutes les chaines de télévision – France 2 en tête – ont fait de cette pratique un passage obligé.