Laure Equy : l’affaire Baupin montre « qu’il y a un sentiment d’impunité »

Laure Equy était l’une des auteurs de la tribune « Nous, femmes journalistes politiques et victimes de sexisme... » parue le 4 mai 2015 dans Libération. Un an après, l'affaire de harcèlement sexuelle du député Denis Baupin éclate. Nommer les responsables, un nouveau pas vers la fin de ces comportements, selon la journaliste.

Denis Baupin vient de renoncer à son poste de vice-président de l’Assemblée nationale, suite aux accusations de plusieurs femmes politiques d’Europe-Ecologie Les Verts. Avez-vous été surprise par ces révélations ?

C’est ce que l’on avait dénoncé dans notre tribune: de telles pratiques existent dans les milieux de pouvoir. De ce point de vue, cela ne nous étonne pas du tout. Que les personnes concernées soient importantes, cela confirme qu’il y a un sentiment d’impunité. C’est ce qu’il ressort des déclarations que l’on peut entendre depuis ce matin. Que Denis Baupin participe à la campagne de Marie-Claire en mettant du rouge à lèvres, cela montre bien ce sentiment décomplexé et d’hypocrisie, le côté schizophrène de certains responsables politiques. Ce qui ressort de cette enquête, c’est que tout le monde savait, et effectivement, c’étaient des rumeurs connues depuis quelque temps. C’est assez aberrant et cette loi du silence doit changer.”

 

La sortie du nom de Denis Baupin était-elle attendue ?

 

La démarche de notre tribune était de dénoncer des pratiques et de ne pas donner de noms, ce qui nous avait été reproché à l’époque. Mais le travail de France Inter et de Mediapart est remarquable et courageux. Ils ont des témoignages extrêmement forts, ce que nous ne cherchions pas.

 

Cette affaire pourrait faire boule de neige et entraîner d’autres futures révélations ?

 

Indéniablement. La tribune, cette enquête… Cela libère les paroles, que ce soit chez les femmes politiques, chez les femmes journalistes, toutes les femmes qui évoluent dans ces sphères-là. Elles montrent que l’on n’a pas à avoir honte. Il y a une chape de plomb dans notre société très machiste où l’on vous fait sentir coupable de « mettre le bordel » dans un parti ou dans un milieu quand on témoigne.

 

La révélation de noms est-elle selon vous la solution pour mettre fin à ce problème de harcèlement dans le monde politique ?

 

“Ce qui est troublant, ce qu’à l’époque où l’on avait sorti la tribune, on avait aussi publié plusieurs enquêtes dans le même numéro de Libération. Un responsable des Verts nous expliquait que plus il y aura de femmes dans ce milieu-là, mieux ça ira. Plus les femmes seront aux places auxquelles elles ont droit, moins elles seront des minorités, des personnes fragiles à qui on doit donner des postes, faire des faveurs quand on les investit pour une élection ou pour un poste. Ce travail de parité, les Verts l’ont fait. Ils ont des statuts paritaires depuis très longtemps. La féminisation des partis, des assemblées aidera forcément à faire reculer ce genre de comportement. Et plus on en parlera, plus cela reculera. C’est un travail de fond pour lequel, sans vouloir être pessimiste, on en a encore pour très longtemps.”

 

Que les révélations proviennent d’Europe-Ecologie Les Verts, un parti sensibilisé sur la parité hommes-femmes, est-ce inquiétant sur la possible omerta dans des partis traditionnels où la parité est moins représentée ?

“Ce type de comportement peut exister dans tous les partis politiques. Mais c’est assez positif que des femmes, des élues dans ce parti aient le courage de parler. Et on peut comprendre que le parti s’en félicite. A partir du moment où EELV fait partie de ce paysage politique encore trop sexiste et que ses dirigeants occupent des postes à responsabilité, il n’y a pas de raison que ce parti échappe à ce genre d’affaire.”