Les papes : ces bêtes politiques

Le 6 mai 2016, le pape François a une nouvelle fois admonesté les dirigeants européens, présents au Vatican. Il les a invités à « abattre des murs pour construire des ponts ». Une leçon de politique qui ne choque plus de la part de ce mordu de l'engagement. Un fait nouveau qui n’en est pas un. De Pierre à François, l'intervention dans la sphère publique a toujours été une tradition papale.

Jean-Paul II :

Le vainqueur du communisme

Le défunt pape Jean Paul II sera béatifié

Son pontificat : Un règne fort long, de près de 27 années (1978–2005). Premier pape non italien depuis plus de 500 ans, Karol Wojtyla est issu des terres communistes et catholiques de Pologne.

Son combat : La lutte contre le communisme. Certains journalistes et politiques de l’époque trouvaient sa lutte tellement ostensible qu’ils ont soupçonné une alliance entre le Vatican et la CIA. Le pape a profité de la partition du monde en deux camps athée qui ont déclaré « la mort de Dieu » pour asseoir son influence : une troisième force entre les Etats Unis et l’URSS.

Comment il s’y est pris : Jean-Paul II a voyagé. Beaucoup. Ses pérégrinations l’ont mené en Pologne, Amérique du Sud, aux Etats-Unis… Le Pape a pris la parole à l’ONU, au Parlement Européen, à l’UNESCO. Il a serré des paluches, étreint des foules, embrasé des assemblées. En Pologne, il a soutenu explicitement le syndicat anti-communiste de Lech Walesa. L’homme a agi comme un vrai politique. La chute du mur de Berlin n’a pas éteint pas sa flamme activiste. Son combat suivant fut la lutte contre le capitalisme.

La phrase qui restera dans l’histoire :

«Rien de ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait été possible sans la présence de ce pape». Mikhaïl Gorbatchev au sujet de Jean Paul II, après sa mort en 2005.

A lire : à quoi sert le pape ?

Le Pape François :

Le pape des pauvres 

Pope Francis waves at the end of a mass in Saint Peter's Square at the Vatican May 19, 2013. REUTERS/Tony Gentile (VATICAN - Tags: RELIGION) - RTXZSKM

Son pontificat : Depuis le 13 mars 2013, le pape détonne par son style, ses prises de position et sa volonté de s’intéresser aux problèmes de son temps.

Son combat : La crise migratoire. Le pape a déclaré en avoir fait l’une des « priorités de son pontificat ».

Comment il s’y est pris : Le pape se fend de déclarations fréquentes sur le sujet. «  Je rêve d’un pays où être migrant n’est pas un délit. » (mai 2016), «  Ces frères et soeurs rencontrent trop souvent en chemin la mort ou un refus de ceux qui pourraient leur offrir un accueil et de l’aide » (mars 2016). Le pape donne des leçons de morale aux gouvernements européens. “Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? ». Le pape agit comme un véritable chef d’état. Las de l’absence de prise de position claire sur la question des réfugiés, le pape a pris sur lui d’accueillir douze migrants au Vatican.

La phrase qui restera dans l’histoire :« Dieu nous jugera pour la façon dont nous les traitons.”

A lire : le pape françois en douze citations

L’interventionnisme du pape est une équation délicate conférant parfois au grand écart. Certains papes ont imprimé une image plus   controversée qui tient peut-être aux époques dramatiques dans lesquelles ils ont régné.

Benoit XV :  

Le pape de la paix 

096_001

Son pontificat : La Première Guerre mondiale éclate tandis que le 3 septembre 1914, Benoit XV embrasse la papauté. Elle durera quatre années sur les sept de son pontificat.

Son combat : le pacifisme

Comment il s’y est pris : Vitupéré par ses adversaires qui lui ont reproché son impartialité, le pape Benoit XV avait choisi son camp : la paix. Georges Clémenceau le surnommait « le pape boche » et les allemands « le pape français ». Le 1er août 1917, affolé par les horreurs des combats, le pape a envoyé une lettre à chacun des deux pays les « exhortant à la paix ».Le pape a agi comme un diplomate. Il demande aux pays d’autoriser le transfert de prisonniers. Benoit XV a même confié au futur pape Pie XIII le soin de créer un service d’assistance aux blessés et prisonniers de guerre.

La phrase qui restera dans l’histoire : « « Nous réprouvons grandement toute injustice de quelque côté qu’elle puisse avoir été commise »

Pie XII :

Le pape au double visage

Pie-XII

Son pontificat : Pape à une époque tragique (1939–1958) le pape souffre d’une légende noire. Elle lui attribue un silence assourdissant autour de la question juive.

Son combat : La lutte en sous main contre le nazisme.

Comment il s’y est pris : L’Eglise a toujours affirmé que la discrétion de son action contre la Shoah était une stratégie.Un discours qui ressemble à celui tenu sur le maréchal Pétain, la fameuse alliance avec l’ennemi pour garder un champ de manœuvre. Rendons justice à Pie XII qui se voit réhabilité.  En 1943, Pie XII a évoqué devant l’ambassadeur allemand au Vatican les « supplications anxieuses de tous ceux qui, à cause de leur nationalité ou de leur race, sont parfois livrés (…) à des mesures d’extermination ». Le pape prit par trois fois pris la parole sur la question juive. De l’avis de certains historiens comme  Pierre Milza.  Le pape a agi davantage comme un diplomate que comme un porte-parole. Des actions comme la distribution de certificats de « protection » aux non-aryens ou l’ouverture de couvent au Vatican, auraient eu lieu en douce. Il aurait privilégié les bonnes relations avec les autorités allemandes pour pouvoir agir en catimini. L’histoire aura retenu la maladresse, l’absence de dénonciation claire. En attendant, sa béatification reste en attente, suspendue à la décision du pape François qui demande “la vérité, qui passe avant tout”

La phrase qui restera dans l’histoire : « Nous devrions dire des paroles de feu contre ce qui se passe en Pologne, et la seule raison qui nous retienne de le faire est de savoir que, si nous parlons, nous rendrions la condition de ces malheureux encore plus dure» Le pape Pie XII au représentant de Mussolini.