Présidentielle aux Philippines : les yeux rivés sur le populiste Rodrigo Duterte

Les bureaux de vote ont ouvert ce lundi aux Philippines, où 54 millions d’électeurs inscrits sont appelés à renouveler leur président. Au‐delà des frontières de l’archipel, la probable élection de Rodrigo Duterte représente un enjeu pour de nombreux acteurs économiques et politiques internationaux. Décryptage.

 

Le futur président fera‐t‐il fructifier les réussites du précédent mandat ? Parviendra‐t‐il à contrer Pékin, qui souhaite conquérir à elle seule la mer de Chine ? Poursuivra‐t‐il les efforts menés par l’ancien gouvernement pour favoriser le tourisme ? Les interrogations se multiplient alors que Rodrigo Dueterte, largement en tête après dépouillement de 63% des bulletins, ne brille pas par son programme de politique extérieure et enchaîne les déclarations chocs.

Rodrigo Duterte, un populiste épouvantail

Après dépouillement de 63% des bulletins de vote, Rodrigo Duterte a déjà recueilli 38,92% des voix. L’avocat de 71 ans, qui ferait passer Donald Trump pour un servant de messe, défraie la chronique.

Parmi ses promesses électorales : tuer des dizaines de milliers de criminels – puis s’octroyer une grâce pour ces meurtres de masse – et réintroduire les exécutions publiques. Lors de sa campagne, Duterte a aussi reconnu l’existence de brigades de la mort, accusées d’avoir fait des centaines de victimes à Davao, plus grande ville de Mindanao, deuxième île de l’archipel, dont il est maire. Dimanche dernier, prié de dire ce qu’il ferait s’il apprenait qu’un de ses enfants se droguait, il a répondu: « Je le tuerai. »

Si son programme de lutte contre la criminalité et la corruption devrait plaire à certains investisseurs, d’autres craignent la fuite massive des touristes s’il est élu. Certaines de ses déclarations chocs ont fait le tour du monde. Le 17 avril, une vidéo largement relayée, le montrait ainsi plaisantant devant un auditoire hilare, au sujet du meurtre et du viol d’une missionnaire australienne lors d’une émeute dans une prison de Davao, en 1989 : « J’étais en colère qu’ils l’aient violée, mais elle était si belle. Je me suis dit, “le maire aurait dû passer en premier”. » Au lieu de s’excuser, il plaide depuis pour la liberté d’expression et a lancé « Allez au diable » à un groupe de femmes qui protestaient contre ses propos.

Autre point de crispation, qui risque de compliquer les relations internationales avec les Philippines : le conflit avec Taïwan, la Chine et la Malaisie à propos des îles Spratleys, riches en hydrocarbures.

Concernant celles disputées entre son pays et Pékin, Rodrigo Duterte s’est dit prêt à s’y rendre en jet ski pour y planter un drapeau philippin.

Les Philippines, un poids lourd économique

Autant de déclarations qui inquiètent les acteurs économiques du pays. Selon l’agence de presse américaine Bloomberg, les Philippines ont connu ces six dernières années une croissance économique annuelle de 6,2 % pendant le mandat de Benigno Aquino III, qui ne peut pas se représenter. C’est la plus forte croissance mondiale après la Chine qui, elle, stagne. D’après le FMI, ce rythme devrait se poursuivre au moins pendant trois ans.

Dans l’archipel, classé quatrième puissance économique de l’Asie du Sud‐Est, 53% de la population a moins de 25 ans. Le pays est également vu comme une terre d’opportunités par de nombreux investisseurs occidentaux qui s’interrogent quant au successeur d’Aquino III, crédité d’un très bon mandat en ce qui concerne la croissance économique, l’investissement et le tourisme.

 

Image à la une: Flickr/ Keith Bacongco