Espagne : l’alliance Podemos‐Izquierda Unida, le porque du comment

Une accolade sur la Puerta del Sol à Madrid pour symboliser un accord que les deux partis qualifient d’historique. Pablo Iglesias, leader de Podemos, et Alberto Garzon, dirigeant d’Izquierda Unida, ce sont étreints pour sceller l’entente électorale entre les deux formations de gauche. Quelles sont les enjeux de cette alliance ? L’éclairage en trois questions.

L’alliance du jeune et du vieux ?

Il s’agit d’une alliance électorale de deux des trois principales forces de gauche en Espagne. Si Podemos est un parti jeune, issu du mouvement des Indignés, Izquierda Unida est un vieux parti, héritier du Parti communiste. Aux dernières élections générales en décembre 2015, Podemos a obtenu 20,68 % des voix et Izquierda Unida 3,68 %.

Malgré sa victoire, le Parti populaire (28,71 %) n’est pas parvenu à former une coalition. Le Parti socialiste (22 %) a rencontré le même problème. Face à cette impasse, de nouvelles élections vont être tenues le 26 juin. Cet accord n’est pour l’instant qu’un pré‐accord. De nombreux détails restent à régler et l’accord doit être validé par les militants du parti.

“Nous sommes convenus de l’essentiel, a expliqué le porte‐parole de Podemos Pablo Iglesias. Nous irons ensemble aux élections pour les remporter, et je m’attends à ce que nos militants comme ceux d’Izquierda Unida réagissent à cette opportunité historique en participant avec enthousiasme”

Quel but ?

L’objectif principal est de supplanter le Parti socialiste (PSOE) comme la première force de gauche aux élections. Selon les sondages, Izquierda Unida et Podemos réunis pourraient atteindre 23 % des votes. Cela met les deux partis en position de force face aux socialistes pour négocier une coalition. “Pour gouverner, nous aurons besoin du PSOE, a affirmé Pablo Iglesias. Nous voulons un accord avec le PSOE”.  Autre élément de compréhension, dans les sondages, Podemos accuse une baisse des intentions de vote depuis plusieurs semaines alors qu’Izquierda Unida progresse. Podemos espère aussi enrayer cette dynamique en annonçant un accord électoral.

La fin d’une révolution ?

Mais cet accord, comme celui potentiel avec le PSOE, représente un danger pour Podemos. Le sentiment d’indignation, à l’origine de la création de la formation, visait les grands partis historiques. Beaucoup de militants et votants sont des déçus de ces derniers. En colère face à la corruption généralisée, ils les ont rejetés pour rejoindre Podemos et Ciudadanos, jeune formation de centre‐droit, toutes deux particulièrement virulentes sur cette question. En nouant cette alliance électorale, Podemos écorne son image de parti de rupture. Les rebelles rentrent dans le rang. Cela peut leur donner plus de chances de gouverner, mais aussi les couper d’une partie de leurs électeurs. Un jeu dangereux que Pablo Iglesias est prêt à jouer.