N’allez pas voir les données des Panama Papers, vous n’apprendrez rien (ou presque)

L'ICIJ, le Consortium international de journalistes d'investigation, a publié une partie des données des Panama Papers. Si tout le monde peut y avoir accès, il y a peu à exploiter.

2,5 millions de données ont été mises en ligne en une fois. Lundi 9 mai, à 20 h00 (heure de Paris), l’ICIJ, le Consortium international des journalistes d’investigation, basé à Washington, a dévoilé, sur son site, une partie de la base de données des Panama Papers, les documents internes du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca à l’origine des révélations des Panama Papers. L’ICIJ évoque un acte d’intérêt public. Si tout le monde peut désormais accéder à une partie des donnés, il y a peu à exploiter.

Ces données constituent une sorte de registre des sociétés administrées par l’entreprise panaméenne. Il n’y a ni correspondances privées, ni numéros de passeport, ni montants. Seulement des adresses, des noms d’intermédiaires ou de sociétés. En somme, rien d’exploitable en l’état pour déterminer de la légalité ou non de l’offshore.

Les éléments les plus facilement identifiables sont les adresses. Pour la France par exemple, 240 à Paris, huit à Lyon, une à Marseille, quarante à Neuilly… A chaque adresse, une recherche Google renvoie l’image d’une façade, éventuellement un nom. Cela ne suffit pas à conclure à la domiciliation derrière chaque porte d’un fraudeur du fisc.

Le Consortium l’explique sur son site : « Il existe des usages légitimes de sociétés offshore. Nous ne voulons pas laisser croire que des personnes, des entreprises ou des entités cités dans la base de données ont violé la loi ou agi de manière répréhensible ».

La plupart des noms sont ceux d’intermédiaires. Des prête‐noms qui permettent aux vrais possesseurs des sociétés offshore de cacher leur identité. Certains reconnaissables ont déjà été révélés dans la presse. Et sans les montants ou la correspondance privée, difficile de conclure à quoi que ce soit de tangible.

L’ICIJ a décidé seul de la publication des données. Les médias participants à l’enquête n’ont pas pesé dans la décision.

Lors de précédents partenariats, par exemple entre WikiLeaks et des médias, l’ONG fondée par Julian Assange avait provoqué des tensions avec ses partenaires, en publiant unilatéralement les données, sans les « nettoyer », et avait mis en danger des personnes citées.

L’ICIJ se refuse à publier l’ensemble des documents pour ne pas porter atteinte à la vie privée des personnes citées. Dans quelle mesure laisser les adresses et les noms porte‐t‐il atteinte à la vie privée des personnes citées ? Dans quelle mesure l’ICIJ a vérifié chaque document publié ?

Le but de la publication est d’encourager les lecteurs qui trouveraient des informations intéressantes dans les documents à les contacter. C’était déjà une des raisons qui avaient justifié la publication des données sur l’évasion fiscale avec les documents OffshoreLeaks et LuxLeaks. L’ICIJ dit avoir reçu grâce à cela près de 500 informations supplémentaires.