Retour vers le Turfu : on a déjà vu l’Euro 2016

Vous attendez l’Euro 2016 avec impatience ? Arrêtez ! Marty McFly avait sa DeLorean, nous avons une Twingo de 93 pour voyager dans le temps. Plutôt que tenter un bond en avant de 20 ans, nous nous sommes contentés de deux petits mois pour atterrir juste après la fin du championnat d’Europe. Et voilà ce que nous avons vu.

Le vainqueur : l’Espagne

L’originalité, ce sera pour une autre compétition. Éliminée dès la phase de groupes lors de la Coupe du monde 2014, l’Espagne va réussir à conserver son titre européen. Au Brésil, la Roja n’avait pas réussi l’amalgame entre sa génération dorée (deux Euros, un Mondial) et la suivante. Depuis, les petits jeunes ont mûri. Koke (24 ans) est le patron du milieu de l’Atlético Madrid. Les blessures laissent petit à petit Thiago Alcantara (25 ans, Bayern Munich) tranquille. Avec Alvaro Morata (23 ans), rayonnant à la Juventus Turin, et Paco Alcacer (23 ans, Valencia), l’Espagne possède des alternatives crédibles à un Diego Costa régulièrement blessé. Sans oublier le vétéran (35 ans) mais néophyte (2 sélections) Aritz Aduritz. Lors de la finale contre la France, le Basque de l’Athletic Bilbao rentre et offre le titre à l’Espagne. De la tête, évidemment.

Aritz Aduriz, spécialiste du jeu de tête - AFP
Aritz Aduriz, spécialiste du jeu de tête — AFP

Les surprises : Islande et Autriche

Chaque compétition réserve son équipe‐surprise. La dernière Coupe du Monde a eu le Costa Rica. En 2014, les Ticos étaient sortis premier du groupe de la mort face à l’Uruguay, l’Italie et l’Angleterre. Cette année à l’Euro, les deux révélations sont dans le même groupe. L’Islande, c’est un drakkar de fraîcheur. Une équipe pleine de vitesse et d’explosivité avec le milieu de Swansea Gylfi Sigurdsson et l’attaquant Alfred Finnbogason. Pour se qualifier, l’Islande a terminé deuxième de son groupe devant la Turquie et les Pays‐Bas.

De son côté, l’Autriche a fini en tête d’une poule G composée notamment par la Russie et la Suède. Le sélectionneur Marcel Koller base son équipe sur un milieu complet. Julian Baumgartlinger (28 ans, Mayence) et le taulier David Alaba (23 ans, Bayern Munich) jouent les pistons derrière le meneur de jeu Zlatko Junuzovic (28 ans, Werder Brême), magicien sur coup de pied arrêté. Avec des attaquants puissants mais parfois rustres (Rubin Okotie, Marko Arnautovic ou Marc Janko), l’Autriche bouscule beaucoup de monde.

David Alaba, milieu tout-terrain de l'Autriche
David Alaba, milieu tout‐terrain de l’Autriche

Les deux équipes passent la phase de poule, devant le Portugal qui se contente de la troisième place. L’Autriche s’emballe. L’Italie en huitième ? Pas un souci. L’Angleterre en quart ? Une formalité. Mais l’Espagne est la marche de trop. Les Autrichiens chutent mais sourient. L’Islande, après avoir éliminé le Pays de Galles, s’arrête en quart face à la France.

Les déceptions : Portugal et Allemagne

Si l’Autriche et l’Islande cartonnent dans le groupe F, le Portugal déçoit forcément. Cristiano Ronaldo est encore une fois trop seul, malgré quelques coups de génie du Monégasque Bernardo Silva. Mais trop fébrile derrière, trop dépendant devant, le Portugal cale encore. La troisième place leur permet d’accéder aux huitièmes. Là, l’Espagne les piétine avec autant de précautions qu’un enfant vis‐à‐vis de fourmis.  Pour l’Allemagne, l’enjeu était de taille. Réussir un doublé Coupe du monde‐Euro après son succès au Brésil. Mais la Mannschaft est trop désorganisée. Manuel Neuer a porté son équipe au titre en 2014, mais il est moins impérial cette saison. Il multiplie toujours les arrêts de génie, mais aussi les fautes de concentration. Les individualités de l’Allemagne (Mats Hummels et Jérôme Boateng en défense centrale, Thomas Müller et Marco Reus en attaque) lui permettent tout de même d’atteindre péniblement les demi‐finales, sans jamais convaincre. Elle retrouve alors la France, qu’elle a battue en quart au Mondial. Mais cette fois, les Bleus renversent les champions du monde. Battiston est vengé.

Le match du tournoi : Angleterre‐Pays de Galles

Pour retrouver la trace du Pays de Galles, il faut remonter à l’époque de Pelé. En 1958, la légende brésilienne pousse les Gallois hors du Mondial en Suède. 58 ans plus tard, le Pays de Galles retrouve pour la première fois une compétition internationale. Une qualification due en grande partie à sa star Gareth Bale, attaquant du Real Madrid. Quoi de mieux que l’Angleterre, ennemi héréditaire, pour ce retour dans la lumière ? Des Anglais en progrès, plus jeunes, plus fous mais encore fragiles. Le duo inédit entre Jamie Vardy (29 ans, Leicester) et Harry Kane (22 ans, Tottenham) électrise l’Euro. Vardy apporte avec lui l’énergie qui a permis à Leicester de déjouer tous les pronostics et de devenir champion d’Angleterre.  Le match est d’abord crispé puis les vannes s’ouvrent. Un ballet s’engage entre les deux équipes. Quand l’une fait un pas, l’autre suit. Une danse parfois majestueuse, parfois grossière, pour aboutir au match le plus fou de la compétition.

gareth bale

Le meilleur buteur : Robert Lewandowski

La Pologne aussi aurait pu être une équipe surprise. Avec Robert Lewandowski (Bayern Munich), elle peut compter sur l’un des meilleurs attaquants au monde. Arkadiusz Milik (22 ans, Ajax Amsterdam, 24 buts cette saison) est un appui de poids. Si la défense est trop friable pour soulever des montagnes, le parcours de la Pologne permet à Robert Lewandowski de décrocher le Soulier d’Or de la compétition. Buteur à 35 reprises avec le Bayern cette saison, il trouve avec l’Ukraine et l’Irlande du Nord des cibles de choix. Battu par l’Espagne en quart de finale, Lewandowski ne parvient pas à atteindre le record de neuf buts, fixé par Michel Platini lors de l’Euro 84. T’en fais pas Michel, il te reste toujours ça.

Robert Lewandowski, goal machine - AFP
Robert Lewandowski, goal machine — AFP

La Twingo au garage, difficile de savoir si ce que nous avons vécu était un rêve ou la réalité. Réponse d’ici deux mois.