Course au large : force, fatigue et hallucinations

Les marins spécialistes de la course au large sont parfois victimes d’hallucinations. Elles sont les marqueurs d’un corps poussé dans ses derniers retranchements. Et ce malgré les intenses préparations qui précèdent le largage des amarres.

La radio s’allume, emplissant de sons l’immensité vide de l’océan. Du moins, c’est l’impression de François Gabart. Seul sur son trimaran, le skipper est victime d’hallucinations sonores. « Je me disais “non, non pas maintenant.” Quand tu commences à entendre des voix, c’est que ça ne va pas très bien ». Malgré ces désagréments et son état de fatigue extrême, il a remporté mardi 10 mai la Transat anglaise. Pour tous les marins, une course au large, spécialement en solitaire, demande de se préparer physiquement en amont et être prêt à résister à des conditions dantesques une fois sur l’eau.

« Je ne suis jamais allé aussi loin physiquement. » La phrase est de François Gabart à son arrivée à New‐York. Il vient de passer un peu plus de huit jours en mer et il n’a qu’une envie : dormir. « Aujourd’hui j’ai pu me reposer mais hier, je ne savais plus où j’habitais ». Le sommeil est un facteur essentiel de la bonne réussite d’une course au large. En moyenne, sur la Transat anglaise, le marin passe autant de temps à faire tourner son bateau qu’à dormir. François Gabart s’est fixé avant le départ une dizaine de siestes de 20 minutes par 24 heures.

Un marathon épuisant

Porter les voiles, les hisser, réparer, monter au mât, border une écoute. Ces actions, le marin les effectue quasiment sans discontinuer, s’arrêtant uniquement pour s’alimenter et réfléchir à sa stratégie. Un marathon épuisant. Pour effectuer un seul virement sur son trimaran de 30 mètres de long, François Gabart doit tourner des manivelles (les winchs) pendant près de 15 minutes, quasiment sans interruption.

Au Pôle Finistère de la course au large, centre où s’entraîne François Gabart, le poste de préparateur physique des marins date de 2007. Il est occupé par Bernard Jaouën. Interrogé par Slate, il explique : « C’est évidemment tardif et montre que la préparation physique n’était pas jusque‐là une priorité pour les coureurs notamment de courses transatlantiques.» Mais, depuis cette année‐là, l’entraînement est intensif : vélo et course à pied permettent de renforcer les muscles des jambes. Ils sont voués à fondre une fois en mer, en raison d’un périmètre de déplacement peu important. Et, assure Bernard, certains sportifs s’entraînent à soulever « jusqu’à 110 kg » et à courir sur des terrains irréguliers chargés de sacs de sable, afin de simuler le pont d’un bateau.

Une préparation essentielle pour gagner, mais également pour terminer la course en vie.