Le mot “fanfiction” rentre dans le dico, et il était temps

Aux côtés de "s’ambiancer", "QR code" et "covoiturer", le terme "fanfiction" va faire son entrée dans le Petit Larousse. Et heureusement : il était grand temps que cette tendance soit reconnue du grand public.

“Sans prévenir, Harry s’approcha de Ron, saisit son beau visage entre ses mains, et l’embrassa fougueusement. Dans un coin, Hermione roulait placidement un joint, indifférente au spectacle des deux jeunes amants”.

Ça, vous voyez, c’est une fanfiction. Une histoire basée sur un univers fictionnel existant, mais qui s’en démarque pour proposer une expérience différente, nouvelle, complémentaire.

Harry Potter, Star Wars, Naruto, Alice au Pays des Merveilles… Aucun univers n’échappe à la fanfiction. Cette tendance — on pourrait presque parler de genre — a envahi les clubs de lecture, les conventions et le web tout entier. Et ne va pas s’arrêter là.

La recette est simple. Il faut :

  • Le canon : une œuvre de fiction, généralement un livre (ou plusieurs), qui servira d’inspiration à la production d’une nouvelle histoire par les fans.
  • Des fans (logique) : ceux qui écriront la fanfiction, et ceux qui la liront, l’alimenteront, la guideront en donnant leur avis. Une fanfiction est un travail collaboratif et ouvert, surtout depuis l’apparition du World Wide Wouèbe.
  • Et paf, ça fait une fanfiction : une nouvelle œuvre, inspirée plus ou moins librement de l’univers de base. Il peut s’agir de raconter la suite, ou au contraire l’histoire des personnages avant le début du canon, ou s’éloigner de la trame de base pour raconter… complètement autre chose.

Cox vous explique pourquoi il était temps que ce terme se démocratise.

Ca fait bientôt 60 ans que ça existe

La première œuvre qui a inspiré des fanfictions, c’est Star Trek, et ça ne surprendra personne. Dans les années 1960, plusieurs fanzines comme la revue Spockanalia, créées autour de cet univers, publiaient ces histoires, qui étaient ensuite vendues en conventions et festivals. C’était déjà un “truc”.

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Spockanalia, 1967

Autant dire que depuis l’apparition d’Internet et des communautés de fans à travers le monde, la tendance ne s’est pas essoufflée.

Il y en a partout, sur tout, pour tout le monde

Pour comprendre le phénomène, on vous propose un petit exercice : sur votre moteur de recherche favori, tapez le nom d’une œuvre que vous adorez : le Roi Lion, le Seigneur des Anneaux, Doctor Who, ce qu’il vous plaira. Rajoutez le mot « fanfiction », et vous trouverez forcément quelque chose.
Ce ne sera pas forcément bon, bien écrit ou doté d’une intrigue follement complexe, mais vous en aurez c’est sûr. La preuve.

Avouez-le : on vient de vous rappelez l'existence de Digimon.
Avouez-le : on vient de vous rappelez l’existence de Digimon.

Vous n’avez pas fini d’en bouffer

Vous avez peut-être déjà lu ou vu des fanfictions sans le savoir. Fifty Shades of Grey par exemple — même si on espère que vous ne l’avez ni lu, ni vu —  est initialement une fanfiction de Twilight — on espère que vous ne l’avez ni lu, ni vu — écrite en collaboration avec les internautes. Il n’y a pourtant pas de vampires, mais l’inspiration est là : Anastasia et Christian Grey sont explicitement inspirés de Bella et Edward Cullen, ainsi que leur romance impossible et torturée.

Plus original, le roman After : écrit par l’américaine Anna Todd, vendu sur Internet puis sur papier à des millions d’exemplaires à travers le monde, cette fanfiction est tout simplement inspirée du groupe de musique One Direction, qui n’avait rien demandé.

Si vous n’aimez pas lire, n’ayez crainte : l’adaptation cinématographique va très bientôt envahir nos écrans.

C’est tout plein de choses sexuelles

Les fanfictions naissent de la frustration des lecteurs : frustration que l’histoire s’arrête, que les personnages ne vivent pas de nouvelles aventures, ou tout simplement que la trame narrative n’ait pas suivi leurs fantasmes.

C’est pour ça que de nombreuses fanfictions (on n’ose pas dire “la majorité”) proposent une intrigue amoureuse entre des personnages qui, dans l’œuvre initiale, ne se toucheraient pas avec un bâton.

Le monde des mangas en est friand : beaucoup de dessinateurs détournent des histoires pour faire conclure certains couples fantasmés.

Dans le manga originel, Naruto et Sasuke sont adversaires, éventuellement bons potes. C'est tout.
Dans le manga originel, Naruto et Sasuke sont adversaires, éventuellement bons potes. C’est tout.

Même plus besoin de livre ou d’univers originel, c’est même parfois le monde réel qui inspire la fanfiction. Récemment, la visite du Premier ministre canadien Justin Trudeau à la Maison Blanche a créé une vague de folie autour du couple Trudeau-Obama.

Un internaute s’est même attelé à l’écriture d’une fanfiction entre les deux hommes d’Etat, une romance politico-érotique où chaque engagement social (“Je vais participer à la Gay Pride de Toronto”, “J’élève mon fils en féministe”) provoque chez l’autre d’étranges sensations… De quoi mettre des papillons dans le ventre de tous les électeurs de gauche.