Pourquoi le Festival de Cannes n’est pas si génial

La 69ème édition du Festival de Cannes ouvre ses rideaux ce mercredi. Jusqu’au 22 mai, des dizaines de films vont être projetés devant des acteurs, réalisateurs et autres vedettes du cinéma. Mais derrière la célébration du septième art se cache un événement people où il ne se passe finalement pas grand chose. Les paillettes qui éblouissent, les stars qui s’amusent dans leur entresoi, les robes de luxe que l’on jalouse et les critiques de films que l’on n’a pas vus : le Festival de Cannes, c’est beaucoup de bruit pour presque rien.

« Des yachts, des fausses fêtes, des mauvaises drogues (…) Je suis fatigué de tant de bêtise. » Interrogé par Télérama il y a quelques jours, Gérard Depardieu n’a pas mâché ses mots à l’égard du Festival de Cannes : « Depuis qu’il y a Thierry Frémaux et Pierre Lescure à sa tête, ce sont les télés qui règnent. Cannes, cela n’a plus rien à voir avec le cinéma ». Le plus grand événement français du cinéma, plus rien à voir avec le grand écran ? Le tacle est gratuit voire un peu ingrat — l’acteur était en lice en 2015 pour le film « Valley of Love » — mais pas totalement insensé. Car pour ceux qui ne sont pas invités au Festival, pour ceux qui n’assistent ni aux films ni aux soirées, pour ceux qui regardent l’événement sur tube cathodique, Cannes, il faut le dire, c’est d’un… ennui mortel !

Un événement source de frustration

Le Festival programme des films que personne n’a vus — mis à part les quelques privilégiés qui ont donc une place au soleil cannois. Cannes est donc nécessairement gage de frustration. Pour des cinéphiles en herbe, entendre les critiques de films avant de les avoir visionnés est un péché de taille. Pire : souvent, le téléspectateur ne situe absolument pas le film qui a été projeté. American Honey (Andrea Arnold), Mal de pierre (Nicole Garcia), Sieranevada (Cristi Puiu), ça vous dit quelque chose ? Ce sont trois des vingt‐et‐un films présentés en compétition officielle.

Le Festival de Cannes est interminable. Pendant douze jours, des dizaines de stars fouleront le tapis rouge et graviront les vingt‐quatre « marches de la gloire » qui mènent aux salles de projections des films. Or, hormis la cérémonie d’ouverture, les quelques montées de marches et la cérémonie de fin avec les Palmes décernées, le Festival s’illustre surtout par une profusion de commentaires journalistiques. Le scénario est couru d’avance : une star se fend de quelques mots sur le film qu’elle vient de voir, un journaliste analyse sa citation, un expert en cinéma la met en perspective, un chroniqueur fait des pronostics sur les vainqueurs, et le tour est joué. Mais qui a envie d’entendre déblatérer des stars à propos de films qu’elles seules ont eu la chance de voir ?

Heureusement que Canal Plus – particulièrement présent au Festival depuis 24 ans – s’en tient cette année au minimum syndical : plus de soirée, plus de stand, seule une émission quotidienne de quinze minutes en crypté à 22h30 et une pastille de cinq minutes dans le Grand Journal. Et dans ce cas précis, less is more.

Un peu de cinéma, beaucoup de robes

A Cannes, on retrouve chaque année les mêmes personnalités du cinéma. Les Sean Penn, Pedro Almodovar, Woody Allen, Xavier Dolan et autres Ken Loach sont toujours dans la place. Talentueux, ils le sont — là n’est pas la question. La question, c’est l’exhibition des egos surdimensionnés. Car si le septième art est l’objet du festival, Cannes est aussi l’incarnation de cet entre‐soi de mondains soumis au culte du luxe clinquant, qui font un bras d’honneur à la misère du monde face à des photographes qui vendront du rêve en Gucci sur papier glacé. Quand le luxe, le people et le voyeurisme prennent le pas sur le cinéma, c’est qu’il y a erreur sur la marchandise. L’ancien Nul Dominique Farrugia n’est d’ailleurs pas tendre avec le Festival de Cannes, qui s’apparenterait selon lui à un « salon de l’agriculture sans les vaches ».

Les flashs des photographes vont ainsi retentir sans cesse pendant douze jours. En cause, la montée des marches du Palais de Cannes par la ribambelle de stars engoncées dans des robes scintillantes et des costards cintrés, vêtements que le consommateur lambda ne pourrait s’offrir qu’en hypothéquant sa maison. Hommage au cinéma, le festival de Cannes pourrait aussi bien incarner la mode. Diaporama des plus belles robes, celui des plus moches, celui des coiffures les plus classes, celui des costumes les plus originaux, celui des plus belles poses… Ultime preuve que le Festival est d’un ennui quasi absolu : il s’y passe tellement peu que le sein brièvement découvert de Sophie Marceau devient un événement capital.