Procès à Paris du génocide rwandais : « La France fait un effort, mais trop tard »

Le procès de deux anciens bourgmestres rwandais Octavien Ngenzi et de Tito Barahira, accusés d’avoir participé au génocide rwandais en 1994, s'est ouvert mardi à Paris. Carina Tertsakian, responsable de la recherche sur le Rwanda pour Human Rights Watch, explique les enjeux de cette affaire historique et les clés pour la comprendre.

Pour quel motif les accusés sont‐ils jugés ?

Il est difficile de parler de l’affaire exactement, elle vient juste de débuter et on ne peut la commenter. Ce que l’on sait, c’est qu’ils sont accusés de crimes contre l’humanité et de participation à un génocide. Les deux accusés étaient des responsables locaux, comme il y en eut de nombreux, qui ont participé au génocide.

Pourquoi sont‐ils jugés seulement aujourd’hui ?

Il a fallu beaucoup de temps pour les retrouver et pouvoir les traduire en justice. Après les événements, beaucoup de responsables du génocide ont fui vers d’autres pays en Afrique ou en Europe. Et la France a mis beaucoup de temps avant de débuter les procès.

Il est très important, même si cela vient tard, que les pays agissent aussi bien pour le symbole que pour la justice.

Pourquoi sont‐ils jugés en France ?

Ils sont jugés en France sur le principe de compétence universelle des juridictions nationales (NDLR : qui doivent traduire en justice sur leur territoire des accusées de génocide, les deux hommes ayant été arrêtés à Toulouse et à Mayotte). Il y a eu beaucoup de liens entre la France et le Rwanda dans cette affaire. Certains spécialistes considèrent que la France a globalement soutenu le régime rwandais durant les génocides. Aujourd’hui, il y a une volonté de rendre la justice. C’est un effort même s’il arrive trop tard.

Où seront appliquées les peines des procès en France ?

Si les accusés sont condamnés à de la prison en France, alors ils devront purger leur peine en France. Le Rwanda demande parfois l’extradition de coupables jugées à l’étranger, mais ce n’est pas toujours le cas. Cela dépend beaucoup de la volonté des gouvernements, rwandais comme internationaux. A Human Rights Watch, nous soutenons toujours l’idée que les procès doivent en priorité se dérouler dans les pays où ont eu lieu les génocides. Mais on se méfie beaucoup de l’indépendance de la justice rwandaise aujourd’hui. La tenue d’un procès en France assure une justice réellement juste.

A quand remonte l’implication de la justice française dans le génocide rwandais?

La première affaire en France ne date que de 2014. Plusieurs pays européens où avaient fui des responsables du génocide les ont menés devant les tribunaux bien avant la France. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda, mis en place par les Nations Unies après le génocide, a mis fin aux procès l’année dernière. Depuis, il est très important, même si cela vient tard, que les pays agissent aussi bien pour le symbole que pour la justice.

Doit‐on s’attendre à d’autres affaires similaires en France ?

Il est très difficile de chiffrer combien d’affaires autour du génocide rwandais pourrait éclater aujourd’hui. Il y aura certainement d’autres affaires dans le monde, mais il reste des personnes concernées par le génocide et qui ne sont pas encore poursuivies.