Nouvelle polémique après un suicide en direct sur Périscope

Elle s’appelait Océane et n’avait que 19 ans. Mardi, elle a mis en scène son suicide en le filmant en direct via une application mobile. Son geste relance la polémique sur les dérives morbides facilitées par les réseaux sociaux.

La mort en direct. C’est ce qu’ont découvert les milliers d’internautes connectés au compte Periscope d’Océane mardi. L’application mobile permet à son utilisateur de retransmettre « en live » ce qu’il est en train de filmer. La jeune fille de 19 ans s’est jetée, téléphone à la main, sous un RER en gare d’Egly, dans l’Essonne. Ce fait divers a choqué, suscitant une nouvelle polémique. Retour sur les précédents.

Harcèlement 2.0

Son histoire avait ému le web il y a quatre ans. Une adolescente canadienne qui vivait dans la région de Vancouver s’était suicidée en octobre 2012, après des mois de harcèlement sur internet. Dans une vidéo mise en ligne en septembre, Amanda Todd, 15 ans, racontait son histoire à l’aide de panneaux qu’elle faisait passer devant la caméra.

L’émotion est allée au‐delà des frontières du Canada, à tel point que le groupe  Anonymous  avait réagi. Les pirates de l’organisation  avaient répliqué dans une vidéo publiée sur Internet, affirmant connaître l’adresse du harceleur présumé, Kody Maxson. Cette « abomination va être punie », avaient‐ils assuré. Pour le protéger de toute tentative de vengeance, l’homme visé dans leur vidéo avait été placé sous protection policière.

Un premier suicide sur Twitter en 2013

Il y a trois ans déjà, les « twittos » [nom donné aux utilisateurs de Twitter NDLR], avaient pu lire la description glaçante,  presque minute par minute, du suicide de Freddy  E. Ce rappeur américain de 22 ans s’était donné la mort en commentant en direct son suicide sur le réseau social. Ce « live‐tweet » macabre avait suscité une vague d’émotion parmi les 100 000 abonnés du jeune homme. Certains l’implorant de ne pas passer à l’acte.

« Ne te tue pas ! On t’aime tous et on ne veut pas que tu meures ! », s’était ainsi exclamé l’un de ses fans, sous le pseudo Misfit Midnight. En vain. Après un dernier message, «Dieu, pardonne‐moi», à 23h54 en ce jour de janvier 2013, le silence radio.

Des outils pour alerter

Face à ces dérives de plus en plus fréquentes, les réseaux sociaux ont dû s’armer d’outils spécifiques. Facebook a ainsi mis en place un formulaire permettant de signaler des contenus suicidaires dès 2011. Les alertes sont immédiatement transmises aux modérateurs de Facebook. Ils choisissent ensuite soit d’alerter la police, soit de les transmettre à une association d’aide psychologique. En Angleterre et en Irlande, Facebook s’est associé à l’organisation The Samaritans qui a testé le système pendant trois mois, sans recevoir de fausse alerte.

Paradoxalement, ce sont parfois les réseaux sociaux eux‐mêmes qui jouent le rôle d’alerte pour les familles, confrontées au silence de leur(s) proche(s) en difficulté. En Angleterre, pendant les dernières fêtes de Noël, une mère a ainsi pu sauver sa fille de 14 ans in extremis. En pleine nuit, cette maman avait reçu un message d’une amie, l’alertant sur le statut évocateur posté par sa fille sur Facebook. L’adolescente avait en effet écrit : « C’est la fin ».

Insuffisant

En France, après le suicide d’Océane, les recommandations et conseils pour signaler des comportements suicidaires se sont multipliés. Dans un article de Numerama, Guillaume Champeau rappelle les quatre étapes d’un signalement de vidéo sur Periscope.

periscope

Mais il questionne l’efficacité de l’outil : « Pour alerter d’une vidéo, Periscope ne dispose que d’un seul bouton générique, qui peut être utilisé tout aussi bien pour prévenir qu’un internaute diffuse illégalement un match de football, […]  qu’il tient des propos racistes, ou qu’il s’apprête à se suicider. » Le bouton, difficile à trouver, « ne demande aucune précision sur la nature du signalement ».

Pour le moment Twitter, propriétaire de Periscope, a refusé de commenter le suicide d’Océane.