Mais si, la liste de Deschamps est pleine de surprises

À en croire la presse, l'annonce des 23 joueurs sélectionnés par Didier Deschamps ne présenterait aucune surprise. Pourtant, il y a encore un an, certaines "évidences" n'en étaient pas.

L’Humanité : “Une liste sans surprise.” La Croix : “Deschamps fait du Deschamps.” TF1 : “Deschamps, fidèle à lui-même.” Des dizaines de médias, une seule et même analyse : le sélectionneur aurait dû renverser le plateau de Gilles Bouleau à coups de Ben Arfa et de Dembélé. Sa liste serait trop frileuse, trop attendue. Et pourtant, des surprises, cette liste en contient. Il y a encore un an, plusieurs joueurs n’auraient jamais pensé y figurer. Entre révélations inattendues et come-backs improbables.

N’Golo Kanté

29 mars 2016. N’Golo Kanté fête ses 25 ans. Pour sa deuxième sélection, le milieu de terrain est titularisé face à la Russie, et s’offre à la 9e minute du match un but plein de sang-froid. Mais ce qui enchante les supporters de l’équipe de France, c’est le sourire qui illumine son visage juvénile, presque gêné d’attirer l’attention. Cette joie timide résume le parcours à la fois imprévisible et fulgurant du petit nouveau des Bleus.

Quand l’ancien Caennais quitte la Normandie pour Leicester l’été dernier, personne ne l’imagine devenir le meilleur box-to-box d’outre-Manche. Encore moins soulever le trophée de Premier League. À tel point que Jean-Michel Aulas, piqué par le refus du joueur, tente alors cette sortie : “Est-ce que N’Golo Kanté préfère jouer dans un club de bas de tableau en Angleterre ou jouer la Ligue des Champions avec l’Olympique lyonnais ? Il faut lui demander.” Il a répondu.

Kingsley Coman

En août 2015, l’avenir de Kingsley Coman paraît bien incertain. L’ailier droit semble condamné à traîner son spleen d’éternel espoir dans tous les grands clubs d’Europe. Il n’a que 19 ans, mais a déjà connu le PSG et la Juventus Turin. Deux échecs. L’équipe de France est loin. Très loin. Inenvisageable. Il est pourtant transféré au Bayern Munich. Le prêt sonne presque comme une dernière chance.

Coman

Sous les ordres de Guardiola, Coman progresse et s’impose. Il fait ses preuves au haut niveau en délivrant son équipe en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, contre la Juventus Turin (un but et une passe décisive). Il est logiquement appelé par Didier Deschamps en novembre, puis en mars, et enfin à l’Euro. Laurent Blanc, lui, s’en mord encore les doigts : “Bien sûr qu’il avait un potentiel et que je regrette son départ du PSG. Maintenant, il est appelé en équipe de France, c’est bien pour lui. Je lui souhaite le meilleur.

André-Pierre Gignac

D’accord, Pierre Ménès n’a jamais brillé pas la finesse de ses analyses. Mais le brocarder pour ce tweet serait trop facile.

En juin 2015, l’attaquant sort d’une saison à 24 buts avec l’Olympique de Marseille. Plusieurs clubs le courtisent. L’Olympique lyonnais et Galatasaray en tête. Il leur préfère les Tigres de Monterrey. À l’annonce de son transfert pour un club méconnu car mexicain, les observateurs sont unanimes : c’est un exil, un départ en préretraite à peine masqué. La “Liga MX” ? Trop faible pour que Gignac brigue une place à l’Euro. Mais il cartonne : 34 buts, dont celui qui qualifie le club pour la première finale de Copa Libertadores de son histoire. La moiteur du Estadio Universitario lui sied à merveille. Les supporters l’adulent. Didier Deschamps le rappelle au mois de novembre. Idem en mars. Face à la Russie, l’ancien Toulousain inscrit son 7e but en sélection d’une tête pleine de rage. Celle-la même qui le propulse aujourd’hui dans la liste des 23.

Lassana Diarra

Si André-Pierre Gignac est un exilé, Lassana Diarra est le roi des galériens. Un baroudeur. Un hobo du ballon rond. Portsmouth, Anji Makhatchkala, Lokomotiv Moscou… En football, quand le nom de votre club est imprononçable, c’est mauvais signe. Suspendu par la Fifa en raison d’un conflit financier qui l’oppose à son club, le milieu de terrain n’a pas disputé un seul match de la saison 2014–2015. L’Olympique de Marseille tente malgré tout le pari. Qui s’avère payant.

Dès son premier match, “Lass” s’impose comme le patron de l’entrejeu. L’ancien joueur du Real Madrid régale les supporters : un abattage énorme, une technique impeccable, une attitude exemplaire. Bref, tout pour plaire au sélectionneur, qui le rappelle en équipe de France dès le mois d’octobre. Lassana Diarra n’avait pas de temps à perdre. Didier Deschamps non plus.