Zlatan, une “légende” ? Pourquoi c’est compliqué de juger…

Zlatan Ibrahimovic a annoncé vendredi son départ du Paris Saint-Germain. L'attaquant suédois a passé quatre saisons dans la capitale, inscrivant plus de 150 buts et remportant quatre titres de champion de France.

« Je suis arrivé comme un roi, je pars comme une légende ». En un tweet, Zlatan Ibrahimovic a dit adieu ce vendredi au Paris Saint-Germain. Le géant suédois aura droit à un jubilé contre Marseille en finale de Coupe de France, le 21 mai, avant de quitter la capitale. Au cours des quatre dernières années, Ibrahimovic a déchaîné les passions. “Monstrueux”, “surcoté”, “ingérable”, “patron”, … Il a eu droit à tous les qualificatifs. Au moment d’écrire la dernière ligne de son chapitre parisien, faire le bilan de Zlatan Ibrahimovic est à la fois simple et très compliqué.

Des statistiques hors du commun

En quatre années à Paris, Zlatan Ibrahimovic n’a jamais inscrit moins de 30 buts sur une saison toutes compétitions confondues : 35 en 2012–2013, 41 en 2013–2014, 30 en 2014–2015 et 45 en 2015–2016. Il possède le meilleur ratio de buts par matches de l’histoire de la Ligue 1 avec 111 buts en 121 matches (soit 0,92 buts/matches). Avec 36 pions en championnat cette saison, et peut-être plus s’il marque contre Nantes samedi, Zlatan Ibrahimovic fait revenir la Ligue 1 au temps de Carlos Bianchi (37 réalisations avec le PSG en 1977–1978). Aucun joueur n’avait autant marqué depuis. Malgré tout, le record de buts en une saison lui a résisté. Et assez largement. Les 44 buts de Josip Skoblar avec Marseille (1970–1971) représentent un objectif inatteignable aujourd’hui, à part peut-être pour les extra-terrestres Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Une époque où le titre de meilleur buteur se jouait régulièrement entre 30 et 40 réalisations. Mais du milieu des années 90 à l’arrivée d’Ibrahimovic à Paris (2012), marquer entre 20 et 26 fois suffisait, parfois largement (les 15 buts de Pauleta en 2006–2007, les 18 de Mamadou Niang en 2009–2010). Dans ce classement des « meilleurs meilleurs buteurs », Zlatan peut encore dépasser Carlos Bianchi mais aura beaucoup de mal à concurrencer Josip Skoblar et Salif Keita (42 buts, Saint-Etienne 70–71). Au sein du Paris Saint-Germain, ses statistiques sont encore plus écrasantes. Il est le meilleur buteur du club avec 152 réalisations en 178 matchs, loin devant les 109 en 211 matchs du vénéré Pedro Miguel Pauleta. A la vue de ces stats, le statut de “légende” de Zlatan Ibrahimovic semble évident. Mais l’ombre d’une compétition contraste avec l’éclat des statistiques.

https://twitter.com/PSG_inside/status/731044021871710208

Ligue des champions, ton univers impitoyable

La Ligue des champions est à Ibrahimovic ce que la kryptonite est à Superman. Le super-héros parisien revient au niveau des hommes dans les phases finales de la plus prestigieuse compétition européenne. Jamais il ne sera parvenu à faire dépasser les quarts de finale au Paris Saint-Germain. Cette année, il a raté un penalty lors du match aller contre Manchester City. A 0–0, c’était l’occasion d’ouvrir le score. City prendra l’avantage un peu plus tard, obligeant le PSG à courir après le résultat et à concéder un match nul 2–2. Son dernier match de Ligue des champions avec Paris est donc le match retour. Un Zlatan transparent, une défaite 1–0, une élimination face à une équipe finalement assez moyenne. Les difficultés d’Ibrahimovic avec la Ligue des champions ne datent pas du Paris Saint-Germain. Malgré des passages à la Juventus Turin, à l’AC Milan, à l’Inter Milan et au FC Barcelone, le Z a toujours buté sur la coupe aux grandes oreilles. Pire, l’Inter et Barcelone ont remporté le titre immédiatement après son départ (2010 pour l’Inter, 2011 pour Barcelone). Au final, le plus grand match du Paris Saint-Germain époque qatari, l’élimination de Chelsea en huitième 2014–2015, s’est joué sans Ibrahimovic. Dès la 31e minute de jeu, le Suédois recevait un carton rouge et quittait ses coéquipiers. Ce départ a soudé les joueurs du PSG, transfigurés par un sentiment d’injustice. Ils ont obtenu leur qualification après un match nul 2–2 arraché en prolongation.

De la difficulté de comparer des époques

Une question se pose alors : entre le PSG et Zlatan Ibrahimovic, lequel a eu le plus d’influence sur l’autre ? Le Suédois a eu la chance d’évoluer dans ce qui pourrait être le meilleur Paris de l’histoire, ou au moins le Paris le plus dominateur. Zlatan Ibrahimovic est l’homme d’un projet, celui des Qataris arrivés en 2011. Impossible de nier qu’il a contribué à la grandeur de ce projet, mais il en a aussi tiré des bénéfices. Dans une Ligue 1 de plus en plus faible depuis le début des années 2000, il était l’exécutant, le bourreau d’un PSG conçu pour écraser tout le monde. Combien de buts aurait mis Pedro Miguel Pauleta dans ce PSG-là ? Avec Angel Di Maria, Thiago Motta et Marco Verratti pour le servir plutôt que Jérôme Rothen, Clément Chantôme et Younousse Sankharé. Zlatan a‑t-il plus de mérite à avoir été performant que le Brésilien Raï et le Bosnien Safet Susic, joyaux du PSG jouant à des époques où le Paris Saint-Germain n’était pas l’armada qu’il est aujourd’hui ? Des interrogations qui ne trouveront jamais de réponse mais obligent à relativiser le statut d’Ibrahimovic.