« Journaliste »: appellation d’information vérifiée

Un journaliste se doit de transmettre des nouvelles fiables à son lecteur. En 2016, face à la profusion de l’information sur les réseaux sociaux, cet impératif inhérent à la profession devient central. 

Cet après‐midi à Saint Ouen devant le siège d’Alstom, journalistes et blogueurs cohabitent pour relayer l’information: caméra à l’épaule pour les uns, smartphone à la main pour les autres. A l’heure du tout numérique et de la course à l’information, il devient difficile de distinguer les frontières du journalisme.

 

Infobésité : une multitude d’information et de rédacteurs en puissance

12.8 millions d’utilisateurs actifs sur Twitter en France : c’est beaucoup moins que Facebook mais la parole y est plus instantanée, plus spontanée. Il suffit d’un smartphone pour décrire, raconter et échanger en 140 signes. La cacophonie des réseaux sociaux permet à chacun de se rêver en journaliste lorsqu’il poste ce qu’il estime être une information.

Pour Aurélia Frescaline, journaliste à LCI rencontrée lors de son duplex aux alentours des locaux d’Alstom, les réseaux sociaux sont un atout dont les journalistes peuvent profiter : « Face à l’essor des nouveaux médias et la démultiplication de l’information, la charge de travail a nettement augmenté. Mais les avantages sont nombreux ! » Parmi eux, la fonctionnalité Facebook Live qui permet de commenter l’information en direct pour les internautes : « cela créé une proximité avec la réalité grâce à l’immersion de l’internaute qui suit le direct » précise la journaliste.

« Mais le recours aux réseaux sociaux entraîne aussi de nouvelles contraintes. » ajoute la journaliste. En effet, les réseaux sociaux et, d’une manière générale, l’utilisation d’internet, complexifient le travail du journaliste. Face au trop plein d’actualité, aux rumeurs et aux contre‐vérités qui inondent souvent la toile, une des priorités inhérentes du métier est devenue un genre journalistique à part entière : le fact‐checking.

 

Le fact‐checking, une pratique obligatoire mais discutée

La vitesse et l’instantanéité de l’information alliées au développement des réseaux sociaux ont entrainés une complication dans la vérification des faits, d’où la nécessité pour les médias de se spécialiser dans la vérification des sources. Apparu pour la première fois dans les pays anglo‐saxons dans les années 2000, le fact‐cheching s’est d’abord appliqué aux propos tenus par les politiciens à l’image du site « Factcheck.org » mis en ligne en 2003 en vue des élections américaines de 2004.

Selon Jean Marie Charon, sociologue des médias et ingénieur d’études au CNRS, « le journaliste fait face aujourd’hui à un public de plus en plus éduqué et qui ne supporte plus l’amateurisme, il est donc important de fournir des clés d’interprétation et de donner de la profondeur aux éléments ».

En France, le journal Libération est l’un des premiers à lancer son propre outil de fact‐checking dès 2008 avec la rubrique « Désintox », qui a pour but de déconstruire les fausses allégations. Pour Alexandra Schwartzbrod, directrice adjointe de la rédaction, « le fact‐checking est une nécessité. L’idéal serait de pouvoir recouper l’information trois fois pour la considérer comme bonne et fiable, et de vérifier chaque fait. Mais avec la vitesse et le flux constant de l’information, certains sont tentés de reprendre les informations sans prendre le temps de vérifier. »

D’autres plateformes ont également défendu cette méthode de vérification telles que le site « Arrêt sur images » fondé en 2008 ou encore Le Monde avec « Les Décodeurs », créés en 2009.

Toutefois, l’importance du fact‐checking est relativisée par Maxime Vaudano, journaliste aux Décodeurs : « le fact‐checking est important mais reste un genre journalistique à part entière. On peut imaginer qu’il réinfuse, mais pour l’instant ce sont des problématiques trop particulières pour se diffuser de façon généralisée. Tous les journalistes n’ont pas pour mission le fact‐checking, c’est pourquoi il existe des services spécialisés au sein des rédactions ».

 

Une éthique de fiabilité

Selon Jean Marie Charron, « les journalistes qui ont un certain background savent où chercher pour vérifier et croiser leurs sources ». Le journalisme consiste à rechercher, vérifier, contextualiser, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et enfin publier une information de qualité. C’est pourquoi la vérification des informations et des sources, loin d’être une nouvelle spécificité du journalisme, a toujours été primordiale et fait partie intégrante de l’éthique journalistique.

Dernier exemple en date : l’annonce sur twitter de la mort présumée de Jacques Chirac, postée par Christine Boutin, ancienne ministre du gouvernement Fillon. Massivement relayée sur le réseau social, la fausse annonce n’a pour autant pas été diffusée par les médias qui ont effectué leurs recherches et vérifié l’information avant de se mettre en alerte. « Sur le site de l’Express, l’information n’a pas été relayée tant qu’on ne l’avait pas vérifiée. On s’est préparé à faire une édition spéciale au cas où ce soit vrai mais après vérification on a laissé tomber » précise Marcelo Wesfreid, journaliste à l’Express.

Gilles Paris, journaliste au Monde depuis vingt‐sept ans et correspondant à Washington, explique en quoi Internet et les réseaux sociaux ont changé son quotidien. Au sujet des élections américaines il explique: « Ma priorité est de trier chaque jour la masse considérable d’informations disponibles pour tâcher d’en faire sortir ce qui est le plus significatif. Je complète ce travail de desk par des entretiens réguliers avec des spécialistes de la politique américaine et par des discussions avec des confrères américains. » Mais si la vérification des informations est devenue plus qu’obligatoire face à la profusion des informations, elle a toujours fait partie des éléments clés du métier. « Je travaille au Monde depuis 1989. J’ai commencé à une époque où il n’y avait pas de portables et pas d’internet, mais je n’ai pas l’impression de faire un autre métier. Les qualités sont donc, pour moi, pratiquement les mêmes hier comme aujourd’hui : équilibre et curiosité. » conclut Gilles Paris.