Dix chiffres pour comprendre la crise agricole en France

Face aux difficultés croissante du monde agricole, et notamment des exploitations céréalières, l’exécutif a annoncé mardi 4 octobre un vaste plan d’aide. Considérablement affectés par les intempéries du printemps dernier et la baisse des prix du marché européen, les agriculteurs français traversent une crise sans précédent.

C’est la plus mauvaise récolte depuis trente ans. Face à la sévère crise que traversent les agriculteurs céréaliers après les intempéries du printemps, le gouvernement a dévoilé un nouveau plan d’aide mardi 4 octobre, le troisième en un an pour soutenir le secteur agricole . L’objectif : soutenir en particulier les exploitants dont les récoltes ont été endommagées par la très forte humidité du mois du juin, mais aussi les éleveurs bovins et laitiers, toujours englués dans une crise persistante depuis la fin des quotas de l’Union européenne.

Afin de compenser les baisses de rendement historiques (-30% chez les céréaliers), et de lutter contre le niveau d’endettement toujours plus élevé des agriculteurs (multiplié par 3 en trente ans), l’Etat promet des allègements de taxes et des aides à l’emprunt. Il s’engage notamment à se porter caution pour la moitié des emprunts bancaires des exploitants en difficulté, grâce à la Banque publique d’investissement (Bpi). Une façon de garantir « des taux d’intérêt au plus bas, quelle que soit la situation de l’agriculteur », a expliqué le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.

« Il fallait ces mesures fortes pour répondre à la situation d’urgence créée par la conjugaison d’accidents climatiques et de crise du marché. Pour éviter des dépôts de bilan massifs et permettre aux exploitants agricole de passer ce cap difficile » a jugé Manuel Valls.

Tour d’horizon, en dix chiffres clé, de cette « situation d’urgence » dans laquelle se trouve l’agriculture française.

  •  50 à 100 millions d’€

C’est le prix estimé de ce fonds de garantie proposé par le gouvernement. Il permettrait de débloquer 1,5 milliard d’euros de prêts auprès des banques privées. Entre 50 000 et 80 000 agriculteurs devraient bénéficier de ce système (sur environ 600 000 exploitants en France). Si l’annonce de Manuel Valls suscite le soulagement des agriculteurs, qui attendaient des mesures depuis longtemps, beaucoup estiment toutefois que ce plan n’apporte pas assez de solutions sur le long terme. « Le problème avec ce plan, c’est qu’il faut encore s’endetter. Quand on a la corde autour du cou, et qu’on est sur le tabouret, il n’y a plus qu’à pousser le tabouret. » a regretté un agriculteur céréalier de l’Essonne joint par l’AFP.

  • 4 à 5 milliards d’€

Ce plan d’aide intervient à un moment critique pour le secteur agricole. Du fait des crises cumulées (crise de marché, crise climatique et crise sanitaire), le manque à gagner pour l’agriculture française en 2016 pourrait atteindre 4 à 5 milliards d’euros — dont environ 3 milliards, peut-être un peu plus, à attribuer à la filière céréalière, particulièrement touchée — selon la FNSEA, le principal syndicat agricole en France.

Baisse des rendements historique et baisse des prix

 

  • - 30%

Selon une estimation d’Agritel (cabinet de conseil indépendant de la filière agricole française), à la suite du printemps froid et pluvieux, le rendement maximum espéré pour les exploitants céréaliers en 2016 serait de 5,5 tonnes de blé tendre à l’hectare, soit une chute de plus de 30% par rapport à 2015. C’est la plus forte baisse depuis 30 ans. Si cette estimation se confirme, la France perdra d’ailleurs son rang de premier exportateur de blé en Europe, au profit de l’Allemagne.

  • 60 à 70 000 euros

Cette baisse des rendements représente une perte de 60 à 70 000 euros pour une exploitation céréalière de 120 ha.

  • - 2%

En outre, le prix global des produits agricoles en France a baissé de 2% environ entre 2015 et 2016, selon l’Insee. Une baisse qui touche surtout la filière du lait (-10% sur l’année), et la filière bovine (-3% sur l’année).

  • 0,60€ /KG

Depuis 2014 le prix payé au producteur dans la filière bovine a baissé de 60 centimes d’euros par kilo, soit environ 300 euros par animal (une bête pèse 400 kg en moyenne). Les raisons de cette baisse sont diverses : l’embargo russe sur la viande européenne, une baisse globale de la consommation de viande rouge en France, ainsi que l’augmentation du nombre de vaches de réforme du fait de la crise laitière. Les cessations d’activité de ce secteur provoque en effet une arrivée importante de vaches laitières dans les abattoirs, et provoquent une surproduction.

Chute des revenus et fort endettement

 

  • X3

L’endettement moyen des agriculteurs est en hausse constante, et témoigne de la précarité de leur situation financière. Associé à une baisse des revenus, le surendettement pousse chaque année des milliers d’exploitations au dépôt de bilan. Selon les données du Ministère de l’Agriculture, l’endettement des agriculteurs français était de 50 000 euros en moyenne dans les années 1980, en 2012 il a atteint de 171 600 euros : il a donc été multiplié par 3 en trente ans. Le taux d’endettement atteint aujourd’hui 36% chez les céréaliers, et 45% chez les éleveurs laitiers.

  • 1 sur 10

En 2015, le Ministère de l’Agriculture a recensé entre 22 000 et 25 000 exploitants agricoles étaient au bord du dépôt de bilan. Soit 1 exploitation sur 10.

  • - 20,9%

Parallèlement à leur endettement, les agriculteurs ont vu leur recettes baisser. En 2014, les revenus des exploitants par rapport à 2013 ont chuté de 20,9 % du fait de la baisse des prix et des rendements.

  • 2000€

C’est le salaire mensuel moyen des agriculteurs français en 2014, avant impôts et charges sociales. Les revenus varient beaucoup en fonction des filières. Les exploitants céréaliers ont par exemple touché 17 500 euros en moyenne pour toute l’année 2014, aides de la PAC comprises (soit 1400 euros par mois), tandis que le salaire brut annuel des éleveurs bovins atteignait seulement 14 500 euros en moyenne (soit 1200 euros par mois).