Hongrie : rejet massif de l’accueil des migrants malgré une faible participation

Le référendum en Hongrie sur le quota de migrants à accueillir fixé par l’UE a recueilli 98% de votes en faveur du « Non ». Malgré cela, il n’a aucune portée juridique, faute de participation suffisante. Voici un passage en revue des principaux commentaires de la presse web.

C’est un score quasi unanime qui n’a pas échappé aux médias. A 98%, les électeurs ont décidé de voter « Non » à la question « Voulez-vous que l’Union européenne puisse ordonner la relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans le consentement du Parlement ? ». L’Union européenne n’a pas tardé à réagir et a pris note de ce résultat :

Martin Schultz, président du Parlement européen, y a vu un désaveu pour Orban dans un tweet : « Les citoyens du référendum en Hongrie n’ont pas tenu compte de l’appel d’Orban. Ce dont l’UE a besoin est d’un dialogue pour trouver des solutions, et non des tensions artificielles ».

Ce référendum a été porté par le premier ministre Viktor Orban. Il avait affirmé que les Hongrois avaient le  « devoir » d’aider le gouvernement à voter contre le quota de 1 294 migrants à accueillir sur les 160 000 que l’UE a réparti par Etat. Un rejet qui a trouvé écho chez d’autres hommes politiques de droite, pour qui l’invalidation du référendum ne change en rien sa légitimité. C’est la troisième fois qu’un référendum rejette l’UE, après l’Islande, la Grande-Bretagne.

Orban peine à rassembler

En dépit de ce résultat écrasant, beaucoup de médias y ont vu un revers sévère pour Viktor Orban. L’abstention a empêché le référendum de prendre effet. La faible participation est en grande partie dûe à l’appel au boycott de l’opposition à Viktor Orban, rappelle Hulala, premier média francophone sur l’Europe centrale. « Vu la politisation du boycott, difficile de minimiser la défaite d’Orban », ajoute-t-il.

D’ores et déjà, l’opposition réclame la démission de l’élu. Le parti d’extrême droite, Jobbik, a estimé que Viktor Orban avait échoué à mobiliser suffisamment de Hongrois et affaibli le pays dans l’Union européenne. Mauvais perdant selon le quotidien de gauche Népszava, sa volonté d’amender la Constitution pour donner force de loi au résultat malgré la participation insuffisante est « une manière d’occulter le revers qu’il vient de subir ». Plus qu’un échec politique, c’est aussi un échec financier. « Un échec à 15 milliards (de forints) » (soit 48 millions d’euros), pointe à nouveau Népszava.

Populisme et xénophobie

Du côté de l’hémisphère sud, en Australie, le Sydney Morning Herald rappelle que la campagne pour le “Non” a été alimentée avec des slogans xénophobes : « Saviez-vous que les attentats de Paris ont été commis par des migrants ? », « Saviez-vous que depuis le début de la crise migratoire, le harcèlement des femmes a augmenté en Europe ? ». Dans les colonnes de Marianne, Viktor Orban est dépeint comme un « leader d’une Europe populiste et anti-immigration qui a le vent en poupe dans les urnes de la France à l’Autriche ». Dans un autre article, l’hebdomadaire ajoute : « Viktor Orban a fait du non au quota d’accueil des migrants voulu par Bruxelles une affaire personnelle. Quitte à labourer les terres de l’extrême droite ».

De son côté, Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes, a qualifié le premier ministre d’ « irresponsable », dans une tribune publiée sur le site du Huffington PostM. Orban n’a pas réagi en homme d’Etat mais en boutefeu irresponsable, en attisant les braises d’une Europe passablement affaiblie par le drame des réfugiés ». Et d’ajouter : « Ce n’est certainement pas en jouant sur la peur et l’irrationnel que ces pays en sortiront grandis », rappelant que le référendum était juridiquement irréalisable.

Ironie du sort, la tenue du référendum coïncide avec la commémoration du 60e anniversaire des révoltes en Hongrie contre l’URSS. La répression soviétique avait contraint au départ 200 000 réfugiés vers l’Europe, le Canada et les Etats-Unis.« Certains sans doute étaient les pères ou les grands-pères de ceux qui ont voté pour fermer leur pays aux migrants d’aujourd’hui », a conclu Patrick Cohen dans sa chronique matinale sur France Inter.