Incertitudes suite au rejet de l’accord de paix avec les FARC

L’accord de paix signé entre le gouvernement colombien et les FARC n’a pas reçu le soutien de la population, qui a rejeté le texte à une courte majorité lors d’un référendum dimanche 2 octobre. L’évolution de la situation est incertaine.

50.23 % de « non »: les Colombiens ont rejeté le texte signé entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), un désaveu pour le président Juan Manuel Santos. Mettre fin à une lutte vieille de 52 ans, c’est un des objectifs de son mandat. Les sondages donnaient pourtant le         « oui » vainqueur entre 55 et 66% des voix.

L’accord de La Havane, négocié à Cuba depuis 2012,  prévoit la mise en place d’un tribunal spécial pour juger les guérilleros. Les FARC s’engagent aussi à livrer leurs armes aux Nations Unies. Mais aujourd’hui, l’évolution de la situation est indéterminée et soulève plusieurs questions.

Drapeau des Forces armées révolutionnaires de Colombie
Drapeau des Forces armées révolutionnaires de Colombie

Que permet cet accord?

Ce texte est historique car c’est la première fois qu’un accord est aussi abouti entre le gouvernement colombien et les FARC, créées en 1964.  « Il y a eu plus de trente ans de tentatives » de négociations précise le président Juan Manuel Santos. Le texte a déjà permis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu bilatéral et définitif signé le 29 août. Les guérilleros ont aussi déposé 620 kg d’explosifs, détruits sous le contrôle de l’ONU.  L’accord prévoit aussi des peines de prison entre 4 et 8 ans, avec des restrictions de liberté.

Quelles sont les limites de cet accord?

Pour le moment, tous les acteurs de ce dossier ne remettent pas en cause le principe de l’accord de La Havane, même les partisans du « non » au référendum, avec en tête l’ancien président Álvaro Uribe. Ce dernier souhaite en revanche une renégociation du texte qu’il juge trop favorable à la guérilla d’extrême-gauche, notamment vis-à-vis de la justice.

«Un des principaux arguments de l’ancien président Uribe consiste à dire qu’avec l’accord,  les guérilleros ne purgeront pas de peine de prison, ce qui est faux, explique Christophe Ventura, chercheur à l’Iris (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et spécialiste de l’Amérique latine.  Le texte ne prévoit pas d’emprisonnement ferme. Mais un tribunal spécial devait être mis en place pour tous les responsables de crime de guerre ou de crime contre l’humanité, avec des peines de 8 ans maximum. Cela concernait aussi les militaires et les paramilitaires, qui sont en quelque sorte les alliés d’Álvaro Uribe. L’ancien président cherche aussi un meilleur « deal » pour ses soutiens.»

Pour le moment, il n’est pas question de modifier l’accord. “Personne n’emploie de terme aussi exigeants à l’heure actuelle, précise Christophe Ventura. Les FARC par exemple ont dit qu’elles étaient prêtes à « rectifier » l’accord. Álvaro Uribe a utilisé de manière étrangement apaisante un registre du même style. Personne ne fait de surenchère sur l’accord. Personne ne fait de demandes qui seraient tout à fait nouvelles, comme une interdiction de vie civile pour les guérilleros par exemple.»

Les résultats du référendum du 2 octobre par région-AFP
Les résultats du référendum du 2 octobre par région — Crédit: AFP

L’accord de La Havane peut-il entrer en vigueur malgré le « non » au référendum?

Théoriquement oui, car cette consultation n’était pas obligatoire. Le gouvernement colombien peut décider d’appliquer ce texte. Mais cela impliquerait de ne pas prendre en compte l’avis de la population, en dépit de l’abstention record lors de ce scrutin (62.6%). En revanche, le cessez-le-feu bilatéral signé le 29 août reste à l’ordre du jour.

Il est difficile de savoir aujourd’hui si les négociations vont être rapides. Pour Christophe Ventura, « le point commun entre Juan Manuel Santos, Álvaro Uribe et les FARC, c’est qu’ils ne s’attendaient pas à ce résultat et ils n’ont pas de plan B.  On entre vraiment dans une situation où il n’y a pas vraiment d’éléments pour évaluer la durée de cette nouvelle phase du processus de paix, mis à part la bonne foi des négociateurs et la responsabilité qu’ils ont tous à conclure une paix pour éviter de renvoyer la Colombie dans une guerre aux conséquences catastrophiques, poursuit Christophe Ventura.  Mais aujourd’hui les propos des uns et des autres sont plutôt apaisants. Donc on peut penser qu’on est dans un scénario relativement constructif.»

L’hypothèse d’une Assemblée constituante est de nouveau envisagée. Cette solution avait été évoquée lors de négociations entre l’ancien président Álvaro Uribe et les FARC. Elle avait été rejetée par l’actuel président Juan Manuel Santos. Cette alternative pourrait satisfaire à la fois l’ex-président, qui brigue un troisième mandat ainsi que les FARC, qui souhaitent voir leurs revendications inscrites dans la Constitution.

Pour l’instant, le pays est sous le régime du cessez-le-feu. « Dans les négociations de ce type là, les armes se taisent parce qu’il y a  un accord politique pour la paix, dit Christophe Ventura. S’il n’y a plus d’accord pour faire la paix, les armes peuvent reprendre leurs droits. Mais pour le moment, on n’en est pas encore là. »

CHRONOLOGIE

Une guerre qui dure depuis plus de 50 ans. Crédit: Sarah Vildeuil
Une guerre qui dure depuis plus de 50 ans. Crédit: Sarah Vildeuil