INFO/INTOX : Quand M.Fillon joue avec les chiffres

L’ancien Premier ministre a déclaré dimanche que la France ne pouvait « pas être le pays qui travaille le moins et en même temps celui qui dépense le plus. » Une déclaration qui est loin d’être totalement fondée.

Dimanche 2 octobre, François Fillon s’en fendu d’une phrase qui aurait pu passer inaperçue. Le candidat à la primaire des Républicains – organisée les 20 et 27 novembre prochains – était l’invité de Francis Lettellier, dans l’émission Dimanche en politique, diffusée sur France 3.

Profitant d’une question sur ses engagements s’il accédait au pouvoir, François Fillon a déclaré que la France ne pouvait « pas être le pays qui travaille le moins et en même temps celui qui dépense le plus. »

Les propos de M.Fillon s’appuient sur des études sérieuses, mais dont la méthode laisse un large choix à l’interprétation. 

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Des affirmations qui ne sont pas infondées …       

Lorsqu’il affirme que la France ne « peut pas être le pays qui travaille le moins et en même temps celui qui dépense le plus », l’ancien Premier ministre s’appuie sur deux études distinctes.  

En juin dernier, une enquête menée par le cabinet de recherches économiques proche du patronat Coe-Rexecode, plaçait la France en dernière position des pays de l’Union Européenne sur le plan du temps passé au travail par ses ressortissants.

En effet, selon cette étude, en 2015, la durée effective moyenne de travail des salariés à temps complet en France s’élevait à 1646 heures. De quoi faire du pays le bonnet d’âne de l’Union Européenne, derrière la Finlande ou la Suède, et loin des Allemands, par exemple, qui cumulaient 1845 heures.

Mais qui doivent être relativisées

D’abord, l’étude de Coe-Rexecode — qui place la France en queue du peloton européen en matière du temps passé au travail par ses salariés – n’est pas représentative du marché du travail français. Pour deux raisons. La première, c’est que l’étude ne comptabilise pas les salariés qui n’ont pas travaillé une seule heure pendant la semaine où l’enquête a été menée, pour cause de congés ou d’arrêt maladie par exemple.

Deuxième raison, et pas des moindres. L’étude sur laquelle s’appuie François Fillon pour affirmer que la France est « le pays qui travaille le moins » ne prend pas en compte tous les types de contrat. Ainsi, Coe-Rexecode – qui a compilé les chiffres collectés par l’institut de sondage Eurostat sur un panel de 1,5 million de personnes – ne comptabilise pas les travailleurs indépendants ni les travailleurs à temps partiel.

Si l’on ajoute ces deux catégories, la France grimpe de dix places dans le classement.

L’autre étude sur laquelle s’appuie l’ancien Premier ministre, est elle aussi parsemée d’imprécisions.

La semaine dernière, l’Institut National des Statistiques, l’INSEE, publiait les derniers chiffres disponibles en ce qui concerne les dépenses publiques de l’Etat français. En 2015, l’Etat, ainsi que les collectivités locales et les différentes administrations françaises ont dépensé 57 % du Produit Intérieur Brut.

François Fillon affirme que ces chiffres font de l’Hexagone le pays qui « dépense le plus. » C’est faux. La France est sur la deuxième marche du podium. Devant elle, la Finlande, qui a dépensé 58,8 % de son PIB pour la seule année 2015.

Il faut également relativiser ces chiffres. À y regarder de plus près, il n’y a qu’un seul domaine dans lequel les dépenses publiques françaises sont nettement supérieurs à celles de ses voisins : les retraites. En effet, en 2015, 13,8  % du PIB français partait dans les dépenses liées aux retraites. Là, où les pays européens dépensent en moyenne entre 8 et 11% de leur PIB pour les retraites. 

Alors, certes, M.Fillon s’appuie sur deux études existantes pour affirmer que la France ne pouvait « pas être le pays qui travaille le moins et en même temps celui qui dépense le plus. »
Mais, à a y regarder de plus près, ces enquêtes sont toutes deux très contestables du point de vue de la méthodologie.