Juppé dans “L’émission politique” : un candidat “de rassemblement” plutôt à droite

Alain Juppé était invité jeudi soir dans “L’émission politique” sur France 2. Malgré son ambition de rassembler “tous ceux qui ont envie de l’alternance”, les principales propositions formulées par l’ancien Premier ministre penchent à droite.

Invité jeudi soir sur France 2, Alain Juppé s’est défini comme “un homme de rassemblement”, s’adressant “à gauche, au centre ou à droite naturellement”. Mais placées sur l’échiquier politique classique, les principales propositions émises par le candidat à la primaire de la droite penchent plutôt… vers la droite.

 

  • La dégressivité des allocations chômage : une proposition de droite qui séduit à gauche

 

Sur ce sujet, Alain Juppé souhaite “un plancher” : “Le chiffre que j’ai en tête, c’est 870 euros”, a‑t-il déclaré. “Je propose de la faire jouer au bout d’un an et ensuite au bout de 18 mois, 25% au bout d’un an et 25% au bout de 18 mois”, a‑t-il détaillé au cours de l’émission. Un projet sur lequel s’accordent plusieurs membres des Républicains (LR) : François Fillon exhortait en janvier dernier la majorité à “dès aujourd’hui mettre en place la dégressivité de l’indemnisation du chômage” ; Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, affirmait à la même période : “Il y a un déficit de l’Unedic qui est toujours plus important. C’est une bombe à retardement. Il faut changer les choses. On sait qu’on forme trop peu et on indemnise beaucoup plus longtemps.

Mais loin de ne séduire que la droite, cette proposition a également fait son chemin dans certains esprits du Parti socialiste. Interrogé sur la renégociation de la convention d’assurance chômage qui aura lieu en février prochain, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, déclarait en mai dernier que “pour des raisons financières, mais aussi pour mobiliser plus de moyens sur la formation des chômeurs, il [était] assez vraisemblable qu’il [fallût] un petit peu changer les paramètres de notre assurance-chômage”. Une position en droite ligne avec celle de Manuel Valls qui, lors d’un discours devant le Conseil économique, social et environnemental, avait demandé aux partenaires sociaux de “dépasser les postures” pour trouver des “solutions d’avenir”.

 

  • Le “zéro charges” sur le Smic : un discours de droite appliqué à gauche

 

Face à Léa Salamé et David Pujadas, Alain Juppé a réitéré sa proposition formulée le 1er octobre dernier dans le JDD, à savoir supprimer les cotisations patronales pour les salaires au niveau du Smic. Cette réforme s’inscrit dans la philosophie qui innerve généralement le discours des candidat de droite, toujours prompts à “faire baisser les charges”, comme Bruno Le Maire ou Nicolas Sarkozy.

Or, dans leur lutte contre le chômage, ce sont des gouvernements de droite comme de gauche qui ont progressivement allégé le niveau des cotisations sur le Smic. À tel point que le salaire super brut, qui comprend les cotisations de l’entreprise, est supérieur d’environ 14 % au salaire brut pour une rémunération au salaire minimum (contre 40 à 45% sans allégement).

Mais le véritable “coup de grâce” porté aux charges sur le Smic remonte à 2013, date de l’entrée en vigueur du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui permet de récupérer après coup environ 6 points de charges, ramenant celles-ci à 8%. Un CICE mis en place par Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre d’un gouvernement… de gauche.

 

  • La baisse du revenu de solidarité active (RSA) : une mesure purement de droite

 

Je veux m’assurer que ces allocations restent en permanence en dessous du salaire de travail, de façon à ce que celui qui travaille ait un meilleur revenu que celui qui vit des minima sociaux. S’il le faut, je ferai baisser le RSA pour qu’on arrive à cet objectif”, a affirmé Alain Juppé.

Précisons d’emblée qu’il n’existe qu’une seule situation dans laquelle l’écart entre le Smic et le RSA reste ténu : celle d’une personne seule et sans enfant, soit 5% des foyers fiscaux en France, en raison du fait qu’un individu touchant le salaire minimal et travaillant à temps plein ne bénéficie d’aucune aide sociale.

Les déclarations d’Alain Juppé prolongent un discours récurrent dans les rangs de la droite, dénonçant depuis 1988 et la création du RMI “l’assistanat” dont profiteraient certaines franges de la population. Laurent Wauquiez, par exemple, qui qualifiait en 2011 le RSA de “cancer de la société française”, souhaite conditionner le versement du RSA à la réalisation hebdomadaire de quelques heures de “bénévolat” — et ce malgré l’interdiction récemment prononcée par le tribunal administratif de Strasbourg contre cette mesure du conseil départemental du Haut-Rhin, majoritairement composé d’élus LR. Quant à Bruno Le Maire, il veut donner aux départements le pouvoir d’accéder aux comptes bancaires des titulaires du RSA pour contrôler l’utilisation de cette allocation de solidarité.

En revanche, l’ensemble de ces propositions va à l’encontre des réformes préconisées à gauche, et notamment par Manuel Valls, qui, reprenant les idées du rapport de l’actuel secrétaire d’État à l’Industrie Christophe Sirugue, appelait au mois d’avril à “supprimer la barrière de l’âge” et élargir le RSA aux jeunes de 18 ans.

 

  • Sur l’immigration, Alain Juppé plus à gauche que les candidats LR

 

Concernant le regroupement familial, l’ancien Premier ministre a formulé trois propositions : la justification d’un revenu issu d’un travail et non d’allocations chômages, l’augmentation de la durée de séjour à deux ans et non plus 18 mois, et enfin l’augmentation de 20% du seuil des revenus nécessaires à l’éligibilité.

Mélange de restrictions et d’extensions, le projet d’Alain Juppé tranche avec la tonalité qui règne actuellement dans les rangs des Républicains : quand Nicolas Sarkozy évoque la “submersion” de la France par les migrants et prône “le rétablissement systématiques des contrôles à toutes les frontières, Laurent Wauquiez encourage les maires la région Auvergne Rhône-Alpes à refuser d’accueillir des migrants et à lutter contre ce qui constituerait “un appel d’air pour l’immigration clandestine”.

Le candidat de “l’identité heureuse” a tout de même critiqué “l’erreur” d’Angela Merkel, qui a selon lui donné “le sentiment qu’elle allait ouvrir tout grand les bras aux immigrants de la terre”, à savoir un million en un an