Le prix Nobel de médecine, une histoire d’hommes

Le prix Nobel de médecine récompense les scientifiques pour leurs découvertes depuis 1901. Depuis, seulement douze femmes ont été lauréates. Un phénomène qui reflète la lente féminisation des sciences.  

Le prix Nobel de médecine  a été remis pour la 199e fois à un homme. Yoshinori Ohsumi, biologiste japonais, a été récompensé lundi 3 octobre, pour ses recherches sur l’autophagie, le mécanisme de dégradation et de renouvellement des cellules. Depuis 1901, le prix Nobel de médecine et de physiologie, son nom entier, a été décerné 107 fois à 211 lauréats. Seulement douze femmes ont été désignées lauréates.

Chaque année, des personnalités du monde médical et de la biologie sont récompensées pour leurs travaux. Le prix Nobel gratifie des recherches bénéfiques pour le progrès de l’humanité. Au maximum, ce sont trois lauréats qui sont désignés. Chacun d’entre eux gagne dix millions de couronnes, ce qui équivaut à environ un million d’euros.

C’est en 1947 que la première femme obtient un prix Nobel de médecine. Gerty Theresa Cori, biochimiste américaine, est récompensée pour son travail sur la glycémie. Une recherche qu’elle a réalisée avec son mari, Carl Ferdinand Cori, et Bernardo Houssay, eux aussi récompensés. Il faut attendre 30 ans avant qu’une autre femme n’obtienne le prix. En 1977, Rosalyn Yalow est primée avec Roger Guillemin et Andrzej Wiktor Schally, suite à leurs recherches sur le dosage radio‐immunologique, une technique qui permet de doser de manière précise les substances biologiques.

Barbara McClintock, première femme nobelisée seule

En 1983, la féminisation des sciences prend un nouveau tournant. Barbara McClintock reçoit individuellement le prix Nobel de médecine. La chercheuse américaine est primée pour son travail sur la mobilité du génome. Jusqu’à 2015, elle est la seule femme à avoir été primée seule. La chinoise Tu Youyou lui succède grâce à ses travaux sur le paludisme. Tu Youyou détient un autre record puisque aucun chercheur chinois n’a jamais obtenu le prix Nobel de médecine avant elle.

Surtout, c’est à partir des années 1980 que les femmes sont régulièrement primées. Même si leur nombre demeure largement inférieur à celui de leurs collègues masculins. En 1986, la neurologue italienne Rita Levi‐Montalcini est primée avec Stanley Cohen. Cinq ans plus tard, Gertrude B. Elion est nobelisée avec James Black et George Hitchings pour leur recherche sur la conception de nouveaux médicaments. Puis Christiane Nüsslein‐Volhard est primée avec Eric Wieschaus et Edward Levis en 1995. La biologiste américaine, Linda Buck, la suit neuf ans plus tard. Avec Richard Axel, ils sont récompensés pour leurs travaux sur le système olfactif. C’est en 2008 que la première chercheuse française est nobelisée en médecine. Françoise Barré‐Sinoussi est lauréate avec Luc Montagnier. Les deux scientifiques ont découvert le virus de l’immunodéficience humaine, à l’origine du sida. 
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Françoise Barré‐Sinoussi obtient, avec Luc Montagnier, le prix Nobel de médecine en 2008. C’est la seule Française lauréate du prix.

En 2009, deux Américaines, Elizabeth Blackburn et Carol Greider, reçoivent le prix Nobel de médecine Jack Szostak. En 2014, la Norvégienne May Britt Moser est primée avec son mari Edvard Moser et John O’Keefe pour leur recherche sur les cellules de grille.

Une de ses femmes tient un record non battu jusqu’à présent, celui de la longévité des Nobelisés. Rita Levi‐Montalcini est décédée à 103 ans. C’est la lauréate qui a vécu le plus longtemps, tous prix Nobel confondus.

Des lauréates majoritairement américaines

Les femmes Nobel sont majoritairement originaires des Etats‐Unis: six d’entre elles en ont la nationalité. Les Etats‐Unis sont largement représentés dans la discipline, ce sont eux qui ont obtenu le plus de Nobel jusqu’à présent en médecine.

Au total, 49 femmes ont obtenu des prix Nobel depuis 1901. Une grande partie d’entre elles ont reçu ce prix après les années 1960. Les Nobel confirment une tendance beaucoup plus générale, celle d’une féminisation des sciences tardive et lente. Dans l’union européenne, seules 11% des hautes fonctions académiques dans le domaine scientifique sont tenues par des femmes.