Philippines : Rodrigo Duterte, un “dictateur” pour lutter contre la drogue

Le président Philippin Rodrigo Duterte, élu en mai dernier, fait régulièrement la Une des médias. Insultes, provocations, dérapages, l’ancien maire de Davao a déclaré la guerre aux narcotrafiquants.

« Si je deviens président, ça va saigner ! ». Rodrigo Duterte, 71 ans, donne le ton lors de sa campagne présidentielle. Il veut faire la guerre à la drogue, véritable fléau aux Philippines. Près de deux millions de personnes seraient accros au “Shabu” — type de méthamphétamine — et alimenteraient ainsi une économie informelle estimée à plus de 7,5 milliards d’euros par an.

Permis de tuer

Rodrigo Duterte promet de tuer 100 000 narcotrafiquants en six mois pour mettre fin au marché de la drogue. « Plus de 1 900 personnes suspectées d’être impliquées dans le trafic de drogue ou d’en consommer ont été tuées par la police ou par des “justiciers”, déclarait Ronald Dela Rosa, le chef de la police, fin août. Plus de 10 000 personnes ont été arrêtées et au moins 675 000 personnes se sont volontairement rendues aux autorités.”  

Il prédit « beaucoup de morts tant que le dernier dealer ne serait pas chassé des rues ». Rodrigo Duterte veut inciter les Philippins à “abattre” toutes les personnes liées au trafic de drogue (dealers, consommateurs, ..). Exit les preuves et les procès, il met en place un système de primes et de médailles pour inciter au meurtre des narcotrafiquants. Jusqu’à 107 000 euros pour un baron de la drogue mort !

Le budget de la police grimpe lui aussi de 24,6% à 110,4 milliards de pesos (plus de 2,38 milliards de dollars). Cette rallonge doit permettre davantage de policiers, d’augmenter leurs salaires et de leur acheter des armes, selon le gouvernement.

Provocateur, Duterte se décrit lui-même comme un « dictateur », mais « un dictateur qui a réussi ».  Il défie ses électeurs de l’abattre s’il échoue dans sa lutte contre les criminels. « Tuez-moi », lance t‑il aux Philippins. Rodrigo Duterte jure même de mettre fin à la vie de ses enfants s’ils consomment de la drogue.

Philippine President Rodrigo Duterte holds up a certificate showing a Glock 30 handgun, awarded to him by a Philippine firearms importer for his fight against illegal drugs, during a "talk to the troops" visit in Manila on October 4, 2016. Rodrigo Duterte launched a fresh tirade at the United States on October 4, telling Barack Obama to "go to hell" as the longtime allies launched war games that the firebrand Philippine leader warned could be their last. / AFP PHOTO / TED ALJIBE
TED ALJIBE / AFP

Rodrigo Duterte et les escadrons de la mort

Né d’un père avocat, Digong, comme le surnomment les Philippins, a construit sa réputation d’homme politique sulfureux à la fin des années 1980.  

Élu à la tête de Davao, la « capitale du crime », Rodrigo Duterte doit sa popularité à sa politique de « tolérance zéro » à l’égard du milieu. « Quand je sors dans la rue,  mon flingue est brûlant » lâche à l’époque Duterte qui avait pour habitude de sillonner les rues de la ville sur sa Harley Davidson. Sa plus grande fierté reste le Davao Death Squad – les escadrons de la mort de Davao. Cette milice municipale est chargée d’exécuter des centaines de narcotrafiquants.

A plusieurs reprises, “The Punisher” — l’anti héros vengeur de l’univers Marvel — se vante d’avoir pris part à plusieurs descentes contre les narcotrafiquants. Il assure même avoir tué plusieurs personnes pour faire baisser le taux de criminalité dans son ancien fief municipal. Après deux décennies à la tête de Davao, Rodrigo Duterte est élu président, le 9 mai dernier.

Philippines President Rodrigo Duterte delivers a speech at the Davao international airport terminal building early on September 30, 2016, shortly after arriving from an official visit to Vietnam. Duterte on September 30 drew a parallel with his deadly crime war and Hitler's massacre of Jews, as he said he was "happy to slaughter" millions of drug addicts. / AFP PHOTO / MANMAN DEJETO
AFP PHOTO / MANMAN DEJETO

Il insulte le pape et Obama de “fils de pute”

Digong est également connu pour ses sorties médiatiques très controversées. L’an dernier, il ironise sur le viol et le meurtre d’une religieuse australienne en 1989 à Davao. « Putain, quel dommage! Ils l’ont violée, ils ont tous attendu leur tour, déclare t‑il au premier degré.  J’étais en colère qu’ils l’aient violée, mais elle était si belle. Je me suis dit “le maire — lui-même à l’époque —  aurait pu passer en premier.” »

Amanda Gorely a vivement réagi à cette sortie médiatique. “La violence à l’encontre des femmes et des filles est inacceptable”. Twitter

En quelques mois, Rodrigo Duterte insulte Barack Obama, l’ONU et le pape.  En janvier 2015, la visite du saint père à Manille provoque des embouteillages dans la capitale. “Ils nous a fallu cinq heures pour aller de l’hôtel à l’aéroport, peste Digong. J’ai demandé qui on attendait. Ils ont dit que c’était le pape, je voulais l’appeler. Le pape, fils de pute, rentre chez toi. Ne viens plus en visite”.

Très à l’aise quand il s’agit d’invectiver, le locataire du palais de Malacanang récidive à l’encontre des Nations Unies suite à la mise en garde d’une experte sur le nombre élevé d’exécutions extra judiciaire. « Peut-être que je déciderai de quitter l’ONU, lâche Dirty Harry. Si tu manques de respect, fils de pute, je te quitte. »

En marge du sommet de l’Association des nations de l’Asie du sud-est (ASEAN), Rodrigo Duterte insulte Barack Obama en pleine conférence de presse et frise l’incident diplomatique. «Il faut être respectueux, avait-il lancé. Il ne faut pas se contenter de balancer des questions et des communiqués. Fils de pute, je vais te porter malheur dans ce forum.” Le président américain a immédiatement annulé la rencontre initialement prévue entre les deux chefs d’Etat. Les excuses de “Duterte Harry” n’ont pas convaincu la Maison blanche.