Cannabis : un Français sur deux veut légaliser, les politiques indécis

Plus d’un Français sur deux souhaite que le cannabis soit légalisé sous contrôle étroit de l’État. Plus d’un français sur deux veut un débat national pendant les présidentielles. Pourtant, chez les candidats, la question divise, à l'intérieur même des partis.

Une majorité de Français en faveur de la légalisation. C’est le résultat d’un sondage Ipsos, publié lundi 10 octobre et réalisé dans le cadre du colloque sur la légalisation qui se tenait le même jour au Sénat. 52% des Français souhaitent une légalisation, qui serait “sous contrôle étroit de l’État”.

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Si la population prône une révision de la politique actuelle, qu’en disent les politiques ? En 2011, alors qu’il n’est que simple candidat, François Hollande ne sait pas trop quoi répondre sur la question du cannabis. Avant la primaire, il se dit “ouvert au débat”. Mais au début de sa campagne, en septembre 2011, l’ancien premier secrétaire du PS fait machine arrière et annonce : “Est-ce qu’il faudra maintenir l’interdit ? Je l’affirme !” Cinq ans après, la situation n’a pas changé et le président Hollande suit la ligne du candidat Hollande.

A droite, un quasi-consensus

La question revient régulièrement dans le débat politique, par exemple lors des régionales de 2015 et de l’annonce de celle qui deviendra ensuite la présidente de la région Ile-de-France. Valérie Pécresse, Les Républicains, a ainsi affirmé vouloir mettre en place un dépistage en règle contre le cannabis dans les lycées.

Chez Les Républicains, la question n’est pas du genre à diviser. Les candidats s’accordent unanimement contre la légalisation. Enfin, s’accordaient. Début octobre, la candidate à la primaire Nathalie Kosciusko-Morizet a quelque peu changé son discours et s’est dite “plutôt pour la dépénalisation”. L’ancienne ministre de l’écologie a expliqué que cette dépénalisation serait “moins hypocrite” et “quelque part plus efficace”.

Nicolas Sarkozy, autre candidat déclaré à la primaire Les Républicains, a lui aussi adapté son discours. Quand il était ministre de l’intérieur, il prônait une “contraventionnalisation”. En 2007, alors qu’il est candidat à l’élection présidentielle, il propose une inscription au casier judiciaire et une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 euros. Sans jamais la mettre en œuvre. Nouvelle élection, nouvelle annonce. Sans faire d’annonce aussi précise qu’auparavant, l’ancien maire de Neuilly a laissé la porte ouverte à un débat pour mettre fin à la répression. Une porte que Bruno Le Maire laisse fermée, avec un tour de clé supplémentaire. Le député de l’Eure a réitéré son envie de maintenir une forte répression contre le cannabis.

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A gauche, la question divise

Début octobre, le think tank Terra Nova, classé à gauche, a publié un rapport préconisant la légalisation contrôlée de la drogue. Il s’agirait ainsi de créer une Autorité de régulation du cannabis, inspirée de l’Autorité de régulation des jeux en ligne. Début avril, c’est le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, qui a déclaré que “la prohibition du cannabis en France mérite d’être discutée”.

Au moment de la primaire, les premiers candidats déclarés ne partagent pas la même vision que Le Guen ou Terra Nova. A Benoît Hamon, par exemple, souvent interrogé sur la question et qui maintient que sa position “c’est la légalisation du cannabis, pas simplement la dépénalisation d’usage”. Il justifie cette posture par sa volonté de lutte contre “l’économie du cannabis” qui “gangrène” les quartiers.

Ancien ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg est lui hostile à toute légalisation. Pour autant, il ne rechigne pas à débattre. “On peut toujours demander des référendums dans notre pays, ça n’est pas interdit, c’est même parfois recommandé”, a‑t-il commenté.

 

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Chez l’autre gauche (celle qui ne concerne pas le PS), on penche plutôt en faveur de la légalisation, comme Cécile Duflot (EE-LV). Philippe Poutou (NPA) va lui encore plus loin et propose la dépénalisation généralisée de toutes les drogues, comme c’est le cas au Portugal.

A l’aile gauche du PS, Marie-Noëlle Liennemann ne s’est jamais officiellement positionnée et laisse la question à d’autres. De même, Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) note l’inefficacité de la politique actuelle sans choisir entre dépénalisation et légalisation.

Les plus à gauche, pour, les plus à droite, contre

Quand on lui pose la question, Jean-Luc Mélenchon se refuse à une réponse hâtive et ne préfère pas donner sa position. A la place, il interroge sur les raisons qui poussent les Français à consommer du cannabis et pointe l’inefficacité de la loi actuelle.

 

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Même constat chez François Bayrou (MoDem) qui souhaite inclure les acteurs de la santé publique dans le débat.

A l’extrême-droite, la question trouve en revanche une réponse unanime. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) et Marine Le Pen (FN), sont farouchement opposés à toute politique permissive envers la weed. NDA veut même envoyer “l’armée” dans certains quartiers gangrénés par le trafic.

Au final, la position de tous les candidats donne le tableau ci-dessous. La majorité des candidats s’oppose à la poursuite de la politique de répression, avec des volontés diverses. Pour les anti-cannabis, c’est souvent avec vigueur qu’ils combattent contre la légalisation ou la dépénalisation. Une balance qui montre bien, en tout cas, qu’un débat national apparaît nécessaire.

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