Les consultations citoyennes : une autre façon de faire campagne

Le Parti communiste a dévoilé samedi les résultats de son enquête de terrain lors d’une émission inédite en vue de l’élection présidentielle. Moins d’une semaine avant, Emmanuel Macron révélait les résultats de sa propre consultation lors d’un meeting à Strasbourg. Comment deux mouvements aux deux extrémités de la gauche se rejoignent sur le terrain de la méthode.

Ouvrir le débat sans avancer encore de programme politique, les consultations citoyennes ont le mérite de renverser l’exercice traditionnel d’une campagne politique. Au lieu de convaincre un potentiel électorat, au risque de cliver, le candidat se contente de recueillir les doléances des citoyens. « L’idée était de mieux cerner les problèmes concrets des gens, les sujets sur lesquels ils souhaitent vraiment des réponses, a expliqué Emmanuel Macron aux journalistes de Libération. Cela évite de faire un programme politique dont on ne sait pas s’il correspond aux vraies problématiques des gens. »

Les deux mouvements promettent d’avoir des résultats d’enquêtes beaucoup plus représentatifs et incarner une démocratie horizontale. Pendant trois mois, les communistes et les « macronistes » sont allés à la rencontre des gens pour récupérer leurs propositions et compiler leurs attentes. Avec son mouvement « En marche », l’ancien ministre de l’économie a pu compter sur 5 000 volontaires pour aller frapper aux portes des Français et faire remplir 25 000 questionnaires. Ce « diagnostic de l’état de la France », comme l’a nommé Macron, servira de base à un vaste « plan de transformation ». De leur côté, les communistes revendiquent 400 000 personnes rencontrées pendant leur campagne « Que demande le peuple ? » pour 65 000 questionnaires remplis. Les réponses serviront à « ajuster » et « approfondir » les propositions, assurent les élus communistes.

Regagner les déçus de la politique

Les deux mouvements ont un autre point commun : celui de cibler les abstentionnistes qui désespèrent de la politique. Parmi les remarques les plus récurrentes, l’inefficacité des élus : « Il y a de la colère, assurent les communistes dans les résultats de leur enquête. Chacune et chacun veut être respecté, chacune et chacun veut des droits ». Les communistes ont leur réponse : « L’une des plus puissantes, alors que tout le monde s’échine à expliquer que la politique ne sert à rien, c’est justement de changer de République, de changer d’institutions pour entrer vraiment en démocratie. Entrer en démocratie pour répondre aux besoins des gens, pas à ceux de quelques privilégiés ». De la même façon, Emmanuel Macron a réaffirmé lors de son meeting à Strasbourg qu’il s’adressait à « la France qui subit ».

Objectif : conquérir les abstentionnistes et sortir des clivages. Les deux équipes se démarquent de la ligne actuelle de la gauche et élargissent leur base d’électeurs. Les communistes vont d’ores et déjà lancer une pétition en ligne, à l’appel du secrétaire national du parti, Pierre Laurent : « Pour 2017, assez de divisions : on vaut mieux que ça ! »

Du terrain, encore du terrain

Savamment élaborées, ces méthodes n’ont rien de nouveau. Elles s’inspirent des pratiques américaines, expérimentées lors campagnes électorales américaines dès les années 2000 et importées en France dix ans plus tard, avec les municipales de 2014. Dans un premier temps, il s’agit de collecter des données (contacts, idées…), puis de les analyser, et enfin de profiter de leur enseignement pour collecter des voix.

C’est ainsi que le cabinet d’optimisation de ciblage de campagne Liégey Muller Pons a été réquisitionné par Macron pour un « porte à porte intensif, utilisation de données et des technologies les plus avancées ». Le trio d’experts a publié un livre qui détaille l’expérience, déjà menée lors de la campagne de François Hollande. De janvier à mai 2012, les volontaires de François Hollande avaient ainsi frappé à cinq millions de portes.

Pour rationaliser le porte-à-porte, les marcheurs de Macron se sont rendus dans 6 000 quartiers sélectionnés selon leur représentativité. Les réponses aux questionnaires ont été analysées par un logiciel de l’entreprise de traitement de langage Proxem. Quant au PCF, il a fait appel à l’institut Via Voice qui a sélectionné 4 145 questionnaires représentatifs sur les 65 000. En attendant, les communistes promettent de « continuer de donner la parole au peuple » et Emmanuel Macron donnera un meeting au Mans pour aborder des thèmes plus précis de son enquête.