La piraterie : un enjeu sécuritaire et commercial

Ce lundi 10 octobre débute le sommet de l’Union africaine sur la sûreté et la sécurité maritimes et le développement en Afrique, à Lomé, la capitale du Togo. L’un des enjeux principaux est la lutte contre la piraterie.

Le 4 avril 2009, le voilier Tanit est détourné au large des côtes somaliennes. Cinq otages français sont à bord. Les négociations ne mènent à rien. Le gouvernement lance une opération sur le voilier de plaisance. Quatre otages survivent mais Florent Lemaçon décède. Les actes de piraterie ne sont pas rares, même s’ils diminuent depuis quelques années sur les côtes africaines. Pour endiguer ce fléau, les pays membres de l’Union africaine se réunissent du 10 au 15 octobre à Lomé, au Togo. Ils tentent de mettre en place un cadre juridique, ainsi que des moyens de surveillance et d’interventions.

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Le voilier français Tanit, où une prise d’otages a eu lieu en 2009.

Définie par l’article 101 de la convention de l’ONU spécifique à l’espace maritime, la piraterie utilise le même mode opératoire qu’il y a quelques siècles : abordage et pllage (objets de valeurs ou pétrole). La prise d’otage, plus récente, permet de réclamer des rançons de plusieurs millions d’euros ; depuis 2005, les rançons dépensées par les Etats sont estimées à 53 millions de dollars annuels payés en moyenne.

Autre nouveauté, les armes employées appartiennent à l’arsenal militaire : Kalachnikov, fusils d’assaut ou de lance-roquettes.

Aucune nationalité n’est épargnée ; l’objectif est de revendre les biens obtenus à bord. Aucune zone maritime non plus ; les pirates ont, de l’avis des experts sur le sujet, une zone d’activité étendue. Les pirates nigérians, par exemple, sont très actifs dans une large partie de l’Afrique de l’Ouest, explique le ministère des affaires étrangères (voir carte). Ils vont loin des eaux territoriales gabonaises, ivoiriennes et togolaises et ont des relais dans d’autres Etats pour déposer le fruit de leurs recels ou tout simplement accoster.

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Cliquez sur la carte pour voir le nombre d’actes de piraterie dans le monde entre 2010 et 2015.

Un coût pour l’économie mondiale

Face aux risques, les navigateurs ont peur de s’aventurer dans ces zones. Et ce, en dépit des mesures sécuritaires mises en place pour les rassurer, à l’instar des Marines alliées. Ces forces, réunissant des soldats de l’Otan, de la Chine et du Japon, arrêtent les pirates au large de la Somalie. Mais, ce genre de dispositifs a un coût d’autant plus élevé que les navires rallongent toujours leurs trajets pour éviter les zones sécurisées.

En 2013, la Banque mondiale estimait que la piraterie somalienne coûtait à l’économie mondiale 18 milliards de dollars annuels (environ 16 milliards d’euros, soit l’équivalent de la richesse produite par l’Islande en un an).

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La piraterie : un vrai risque pour l’économie du continent africain (Source : site officiel du sommet de Lomé)

 

Depuis 2008, des opérations militaires sont montées pour vaincre la piraterie. Au large des côtes somaliennes, l’Union européenne et l’Otan ont respectivement lancé leurs missions : Atalante et Bouclier de l’Océan. La Russie, la Chine, le Japon et l’Inde envoient aussi des soldats pour sécuriser la zone.

L’Union africaine veut aller encore plus loin pour préserver ses eaux et son commerce. Au moins 92 % des marchandises importées en Afrique viennent par les mers et océans, selon le ministre des affaires étrangères du Togo, Robert Dussey. Sur les 54 pays de l’Union africaine, 33 ont un littoral et sont directement menacés par la piraterie maritime. L’adoption d’une Charte de l’Union africaine sur la sécurité maritime et le développement, prévue durant cette rencontre, pourrait mettre en place de nouveaux dispositifs et éviter aux commerçants de payer eux-mêmes des sociétés privés de sécurité.