Timoleón Jimenez, de la guérilla à la paix

Le leader des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) est désormais un pacificateur, après des années d'instransigeance. Portrait d'un homme, qui laisse encore planer des doutes sur son histoire. 

Lorsqu’on tape “Rodrigo Londoño” dans un moteur de recherche, les premiers résultats indiquent plutôt le pseudonyme Timoleón Jiménez. C’est pourtant le vrai nom du chef des Farc, en place depuis novembre 2011. Il prenait alors la succession d’Alfonso Cano, lui-même successeur du fondateur des Farc, Manuel Marulanda, dit le “Tirofijo”. S’il est arrivé au rang suprême, c’est justement parce qu’il était proche du “Tirofijo”. C’est aussi parce qu’il était un des plus durs de la guérilla, fondée en 1964.

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Pourtant, Timoleón Jiménez est aussi celui qui lutte aujourd’hui pour la paix en Colombie, avec le président Juan Manuel Santos. Il l’a d’ailleurs félicité pour avoir obtenu le prix Nobel de la Paix, le 7 octobre. Dans un tweet, le chef des Farc en profite aussi pour remercier tous les pays qui ont soutenu l’accord de La Havane, négocié à Cuba depuis 2012. Il a déjà permis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu bilatéral et définitif le 29 août dernier. Le texte prévoit aussi la mise en place de peines de prison de quatre à huit ans pour les guérilleros ainsi que la possibilité pour le mouvement de faire partie de la vie politique de la Colombie.

La paix, la leçon de ces années de guerre

26 septembre 2015. Timoleón Jiménez et Juan Manuel Santos signent l’accord de La Havane. Le chef des Farc salue la mémoire de ses maîtres. Mais il en profite aussi pour demander pardon à toutes les victimes du conflit vieux de 52 ans. “Au nom des Farc, je demande sincèrement pardon à toutes les victimes du conflit, pour toute la douleur que nous avons causé avec cette guerre, déclare Timoleón Jiménez. Aujourd’hui, nous saisissons l’occasion pour amorcer une nouvelle ère de réconciliation et construire la paix.”

Dans les années 1980–1990, ce barbu d’1 mètre 65 refusait de négocier avec le gouvernement colombien. En 2012, c’est le même homme qui décide sortir de la clandestinité pour écrire à Juan Manuel Santos et lui proposer d’amorcer des discussions. Les Farc sont en déclin. Timoleón Jiménez ne s’obstine pas à poursuivre la guerre. Il affirme aujourd’hui que de toutes ces années de guerre, il a appris “qu’il ne devait pas y avoir de guerre”, “qu’il n’y avait ni vainqueur, ni vaincus”. Le tournant est important pour celui qui avait rejoint la guérilla en 1979. À 23 ans, il faisait déjà parti de l’état-major du mouvement. Aujourd’hui à 57, il se désole qu’une majorité de la population colombienne ait dit “non” au référendum sur l’accord de La Havane, lors d’un référendum le 2 octobre.

85% de mensonges

Timoleón Jiménez est aussi connu sous le nom de “Timochenko”, son nom de guerre. Il n’y a pas de liens par exemple avec Ioulia Tymochenko, l’ancienne Première ministre ukrainienne, même si c’est un des  premiers résultats qui tombe en tapant ce nom sur internet. Pour le chef des Farc, ce patronyme était au départ celui d’un professeur de marxisme soviétique.   Timoleón Jiménez nie avoir suivi des études de médecine ou des entraînements militaires en Russie et à Cuba, même s’il reconnaît avoir été infirmier pendant ses premières années d’insurgés. Le chef des Farc avoue qu’ “il n’aime pas parler de lui”. Il se vante même, allant jusqu’à dire que “85% des chose que l’on dit sur lui sont fausses.”

Il y a aussi ce que le chef des Farc raconte de lui-même. Il a appris à lire à 5 ans. À 12 ans, il dévorait déjà le “Manifeste du parti communiste”. C’est en allant à l’école qu’il a pris conscience des inégalités. “Je me demandais pourquoi j’avais des camarades qui arrivaient sans avoir mangé alors que d’autres gaspillaient”, affirme Timoleón Jiménez.

Timochenko est visé par une douzaine de mandats d’arrêt pour délit de séquestration, extorsion et terrorisme. Il est aussi accusé d’avoir piloté la production et la distribution de centaines de tonnes de cocaïne de la Colombie vers les Etats-Unis. Désormais, Timochenko est aussi celui qui se félicite du Prix Nobel accordé au président Juan Manuel Santos, “un étendard pour nous aider à aller sur le chemin d’une Colombie juste, souveraine et solidaire.”