Alep : la vie sous les bombes en chiffres

Depuis trois semaines, les quartiers rebelles de l'est d'Alep subissent à nouveau les bombardements menés par l'armée de Bachar Al-Assad et son allié russe. Le point en chiffres sur la situation humanitaire des Aleppins.

Le cofondateur du Parti de gauche Jean‐Luc Mélenchon a provoqué une polémique mardi 11 octobre. Invité de l’émission L’épreuve de vérité sur Public Sénat, il a dénoncé le bras de fer diplomatique mené par François Hollande avec la Russie, parlant de «bavardages» à propos des «crimes de guerre» commis selon Paris en Syrie.

Sur place, la situation est dramatique. Le bruit d’un avion qui rase les toits de la ville. Puis la détonation, assourdissante. Le scénario se répète sans cesse, depuis trois semaines. Mardi 11 octobre, au moins 12 civils — dont quatre enfants — ont été tués dans l’attaque aérienne russe la plus violente depuis plusieurs jours sur les quartiers rebelles d’Alep, à l’est de la deuxième ville de Syrie.

Alep, symbole du conflit syrien (source : syriancivilwarmap.com )

Depuis le 22 septembre dernier et l’échec du cessez‐le‐feu mis en place par les Etats‐Unis et la Russie, l’est d’Alep — où vivent quelque 250 000 habitants — est pilonné. Tous les jours. La nourriture vient à manquer, l’accès aux soins est devenu dramatiquement limité, les morts se comptent par centaines (376 selon les derniers décomptes jeudi dernier, des dizaines de plus depuis).

Jeudi dernier, réunie en conseil d’urgence à Genève, l’ONU a dressé un bilan extrêmement alarmant de la crise que traverse la deuxième ville de Syrie.

A tel point que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNDCH) a sommé la France d’oeuvrer pour une mobilisation internationale.

Etat des lieux humanitaire d’une ville martyre, où l’horreur s’invite au quotidien.

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C’est la part d’enfants de la zone est d’Alep qui sont inscrits à l’école pour l’année 2016/2017. Soit 6 000 enfants, sur les 100 000 que compte cette partie de la ville.

Les enfants sont également devenus une cible privilégiée des aviations russes et syriennes. Selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme, près de la moitié des civils tués depuis le 22 septembre sont âgés de moins de 25 ans. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs péri alors même qu’ils étaient en classe, dans des écoles improvisées, dans des abris souterrains à plusieurs mètres de profondeur.

Le conflit qui frappe Alep est proportionnellement le plus meurtrier du XXIème siècle pour les enfants. A titre de comparaison, selon l’ONU, en 2014, la première année de la guerre au Yémen, 28 % des civils tués étaient âgés de moins de 25 ans.

 

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Comme le nombre de médecins qui exercent encore dans Alep‐est. En d’autres termes, 1 médecin pour 7 143 habitants.

Une statistique qui témoigne de la dramatique situation humanitaire et sanitaire d’Alep. D’autant que l’accès aux soins est l’un des enjeux stratégique du conflit dans la ville. Depuis la reprise des combats et des bombardements, le 22 septembre, les deux plus grands hôpitaux aux mains des rebelles ont été complètement détruits. Alep‐Est ne compte plus aujourd’hui que six hôpitaux.

Dès les premiers bombardements, en 2011, l’accès aux soins est devenu l’un des enjeux stratégique du conflit dans la ville. A l’en croire Physicians for Human Rights, une ONG qui travaille en Syrie, 382 attaques ont été menées sur des hôpitaux depuis les premiers jours de la guerre. 290 ont été menées par le régime de Bachar Al‐Assad et au moins 16 par son allié russe.

capture-decran-2016-10-11-a-16-05-20 Entre 15 et 20 

Il reste entre 15 et 20 jours de farine dans les boulangeries d’Alep-Est. Et les autres commerces sont eux aussi touchés, voyant leurs réserves fondre à vue d’oeil.

Selon des sources sur place, la métropole, assiégée par les troupes de Bachar Al‐Assad et ses alliés russes et iraniens, craint de voir se profiler une situation de famine dans les semaines à venir. Il faut ajouter à cela que les réserves en fuel s’épuisent.

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http://www.euronews.com/2016/09/15/eastern-districts-of-aleppo-desperate-for-food-and-medicine

La situation dans laquelle se trouve Alep fait craindre une évolution dramatique dans les prochaines semaines. Si les ressources alimentaires n’arrivent pas à pénétrer dans la métropole, Alep pourrait connaitre un destin similaire à Madaya. Cette petite ville proche de la frontière libanaise avait connu une famine sans précédent au début de l’année, avant d’en sortir (un peu) grâce aux terres agricoles alentours. Problème : à Alep, il n’y a pas de terres cultivables.