Le cours du pétrole peut-il remonter ?

Dans son rapport d'octobre sur le marché du pétrole, l'Agence internationale de l'énergie (IEA) anticipe la possibilité d'un rebond des cours.

L’Agence internationale de l’énergie (IEA) a publié son rapport d’octobre sur le marché du pétrole. Le prix du baril pourrait remonter rapidement si les pays producteurs baissent leur production.

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Maintenant, le vrai travail commence”. C’est ainsi que l’IEA, l’instance internationale représentant les pays consommateurs, a résumé dans son dernier rapport ce que réserve l’avenir aux dirigeants des pays exportateurs de pétrole pour arriver à un équilibre du marché. Depuis l’accord “historique” du sommet de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) à Alger le 28 septembre, le prix du pétrole a augmenté de 15 % à plus de 53 dollars le baril de Brent. Les membres du cartel se sont entendus sur un gel de la production, une offre plus faible étant destinée à faire monter les prix.

La Russie, un acteur clé

Lors du sommet mondial de l’énergie, lundi, la Russie a annoncé qu’elle était disposée à s’aligner sur les accords l’Opep : “La Russie est prête à se joindre aux mesures pour limiter la production”, a déclaré Vladimir Poutine. La prise de parole du président a été très écoutée, notamment des marchés : “Le baril de pétrole au-dessus de 51 dollars alors que la Russie envoie des messages mitigés à propos des gels de la production”, commente l’agence Bloomberg.

Moscou serait, selon les estimations des spécialistes (elle ne publie pas de chiffres à ce sujet), le premier producteur mondial de brut, derrière l’Arabie saoudite. Jusqu’ici, la Russie continuait d’augmenter sa production, sans tenir compte des cours mondiaux.

C’est désormais elle qui a le plus gros levier sur les prix : le potentiel de baisse de livraisons de barils russes serait le plus important du marché. Une baisse qui, en outre, ne lui coûterait pas trop cher puisque, juge l’économiste Pierre-Charles Pradier, “Moscou peut faire des coupes dans sa production sans modifier ses parts de marché”.

Autre acteur de poids : l’Iran. Depuis la levée de l’embargo économique, le pays est revenu dans le concert mondial. Téhéran devrait continuer d’augmenter sa production pour récupérer des parts de marché et palier les conséquences des sanctions diplomatiques qui ont miné son économie.

Le Venezuela et Nigéria, respectivement 11e et 12e producteurs mondiaux et très dépendants de la rente pétrolifère, seront aussi observés attentivement par les acteurs du marché. D’autant que, comme le souligne l’IEA, ces pays “seront exemptés du gel de la production” parce qu’ils traversent des difficultés économiques. L’agence ajoute : “Un rebond significatif de production suggèrerait des coupes plus importantes par les autres pays comme l’Arabie Saoudite, pour atteindre l’objectif de production”.

La force des anticipations

Les pays de l’Opep estiment le “juste” prix “entre 60 et 70 dollars, c’est le prix optimal qu’un baril de pétrole devrait coûter”, selon Antonio Del Pino, ministre vénézuélien du pétrole.

Selon l’IEA, qui est intéressée à la question, les cours du pétrole arriveront à l’équilibre autour de 60 dollars le baril,seuil à partir duquel les producteurs de pétrole de schiste feront des profits et pourront accroître leur production. À condition que les pays de l’Opep respectent effectivement la baisse de leur production.

Depuis la chute du prix du baril en 2009, les pays producteurs se sont accordés officiellement sur une stabilité, voire une baisse, de la production, sans toutefois respecter toujours leurs engagements, comme le souligne Javier Blas, en charge des énergies chez Bloomberg.

Côté demande, trois facteurs pourraient favoriser le rebond des cours de l’or noir. D’abord, la reprise de la croissance mondiale et de la consommation, notamment des entreprises. L’IEA anticipe une hausse de la demande de 1,2 millions de barils consommés par jour en 2017.

Ensuite, les investissements nécessaires dans les installations pétrolières vieillissantes. Enfin, les anticipations jouent aussi un grand rôle dans les fluctuations du marché.

Même si la stratégie de la Russie est de n’adopter aucune ligne claire, “ce que Poutine a dit est suffisant pour faire remonter les cours”, analyse Pierre-Charles Pradier. C’est la perspective d’une offre au niveau de la demande qui fera monter les prix”. En clair, en finir avec une offre de pétrole excédentaire.