Les socialistes ne cautionnent pas la participation de leurs électeurs à la primaire de droite

L'économiste Thomas Piketty a annoncé mercredi 12 octobre qu'il voterait au second tour de la primaire de droite pour écarter Nicolas Sarkozy, sur France Inter. Comme lui, d'autres électeurs traditionnellement de gauche ont déjà fait entendre qu'ils comptaient influencer le résultat du camp adverse. Officiellement, les socialistes ne cautionnent pas cette démarche.

Malaise à gauche et chez les socialistes

Au sein du parti majoritaire, on se défend d’encourager les électeurs à interférer dans la primaire des adversaires. Certains électeurs de gauche s’y sont opposés publiquement, comme cet ancien syndicaliste dans L’Émission politique.

Mais d’autres, comme Thomas Piketty, se déclarent prêts à le faire (10 à 16% des électeurs de gauche) selon les dernières estimations de sondage (BVA, Ifop et Ipsos). Il y a donc un net décalage entre les sympathisants qui annoncent vouloir voter à la primaire et les cadres du parti.

D’un côté, les électeurs veulent peser dans la balance pour empêcher Nicolas Sarkozy de passer et de risquer un duel Le Pen — Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle. De l’autre, les responsables de gauche ne cachent pas leur malaise.

Najat Vallaud-Belkacem a jugé “malsain” pour un électeur de gauche de participer à la primaire de droite : “Il faut laisser les primaires de chaque formation politique se tenir sans s’immiscer dedans”, a‑t-elle déclaré, ajoutant qu’elle répondrait à un électeur de gauche de “ne surtout pas y aller”.

Manuel Valls avait été le premier à réagir en pointant le problème de la charte à signer avant de voter : “Il faut non seulement adhérer aux valeurs de la droite et du centre, et quand j’entends Nicolas Sarkozy, j’ai parfois un problème avec ce qu’il défend comme valeurs”, a‑t-il dit sur RTL.

Jean-Luc Mélenchon a, lui, qualifié cette stratégie de “bourrage d’urnes”. Dans son blog, le candidat à l’élection présidentielle a un avis sans appel : “Ceux qui se préparent à le faire savent qu’ils trichent car ils faussent une élection qui ne leur est pas destinée”.

Quand la gauche décide du sort de la droite

Chez Les Républicains, on apprécie moyennement que la gauche s’invite à la primaire. Certains élus et militants lèvent le ton devant cette intrusion de l’opposition. “Non au vol de la primaire par la gauche !”, s’indigne le Guillaume Peltier, président du courant Droite forte et membre du comité de soutien à Nicolas Sarkozy. Il a lancé une pétition pour appeler les électeurs de droite à voter à leur propre primaire et faire barrage aux infiltrés de gauche.

Le site officiel de la primaire 2016 a pris la mesure des craintes au sein du parti et en a fait une section dans sa rubrique vrai/faux. “Rien ne permet de filtrer les participants en fonction de leurs opinions politiques, affirment-ils. Cependant, les expériences étrangères montrent que ces stratégies restent très marginales et qu’elles s’annulent entre elles (…) Pas de quoi inverser le résultat final !”.

Aux antipodes d’Alain Juppé qui appelle à une primaire ouverte à tous, Nicolas Sarkozy y est formellement opposé : “Où est la loyauté quand on appelle des électeurs de gauche à signer, parjures, un papier dans lequel ils s’engageraient à partager les valeurs de la droite et du centre alors qu’en vérité ils n’en partagent aucune ?”, a‑t-il lancé pendant son meeting à Reichstett (Alsace), lundi.

Dans un billet humoristique qui énumère dix bonnes raisons de voter à la primaire, la journaliste politique Estelle Gross ironise sur la charte à signer et la compare aux conditions générales d’utilisation que personne ne prend le temps de consulter ou aux contrats en tous genres : “Depuis quand faut-il lire avant de signer ?