Vladimir Poutine réveille les sirènes de l’extrême droite

Mardi 11 octobre, l'annonce du report de la visite de Vladimir Poutine à Paris a déchaîné les passions, notamment chez les représentants de l'extrême droite française, qui fustigent la "soumission" de François Hollande à Washington.

C’est un bien étrange fan club. Depuis l’annonce du report de sa visite à Paris, le président russe Vladimir Poutine bénéficie du soutien de la frange la plus souverainiste, et la plus extrême, de l’échiquier politique français.

L’inauguration de la nouvelle cathédrale orthodoxe de Paris se fera finalement sans le dirigeant russe. Les hésitations de François Hollande, qui s’est interrogé publiquement sur la légitimité d’une telle visite, ont douché l’enthousiasme de Poutine, qui espérait faire à cette occasion son grand retour dans la diplomatie européenne. Au premier rang des déçus, le Front national (FN), qui n’a jamais caché sa sympathie pour l’homme fort de la Russie et cultive des liens financiers fructueux avec Moscou.

« Dans une certaine mesure, j’admire Poutine », avait admis Marine Le Pen en 2011. Le Front national s’est d’ailleurs bien souvent rangé aux côtés de la Russie lors des dernière crises internationales. La députée Marion Maréchal‐Le Pen est membre du groupe d’amitié France‐Russie à l’Assemblée nationale, et se rend régulièrement à l’ambassade de Russie à Paris. En 2014, le parti d’extrême droite avait obtenu un prêt crucial de 9 millions d’euros, de la part de la banque russe First Czech‐Russian Bank. L’année dernière, les liens étroits de Marine Le Pen avec l’oligarque proche du Kremlin Konstantin Malofeev avaient été révélés au grand jour par Médiapart.

Rien d’étonnant, pour François Clémenceau, le rédacteur en chef de l’international au Journal du Dimanche (JDD) : « Poutine séduit en premier lieu l’extrême droite, qui vénère son autoritarisme et le souverainisme de la Russie face à l’Union européenne ». Une admiration qui trouve son écho chez les souverainistes français comme le Cercle Voltaire.

 

Une affection réciproque

Les nationalistes aiment Poutine, et il le leur rend bien. En tout cas, il n’a jamais tenté de mettre de la distance entre eux et son régime. Le chercheur Jean‐Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, expliquait sur Slate, au moment de la crise ukrainienne :

« Sur la vision géopolitique, il y a une similarité entre les populismes européen et la politique russe. (…) Il y a ce sentiment commun de dépravation occidentale, de dépravation des mœurs»

En outre, la crise syrienne a contribué à creuser le fossé entre les atlantistes, proches des Américains et de l’Otan, et les pro‐russes. « Il y a aujourd’hui une véritable logique d’affrontement entre la Russie (alliée de Bachar al Assad) et les Etats‐Unis », a reconnu Steven Ekovich, professeur à l’American University de Paris, mardi dans Libération. Dans ce contexte d’affrontement, tout mouvement anti‐européen et anti‐américain, peut trouver son salut auprès de la Russie… et être bien vu par elle. La position de Damien Rieu, l’ancien porte‐parole de Génération identitaire, aujourd’hui proche du FN, témoigne de ce clivage.

https://twitter.com/DamienRieu/status/785902472833314816?lang=fr

Le blog d’extrême droite Fdesouche a également tenté de discréditer l’attitude du gouvernement français, en l’accusant d’« attiser l’hystérie antirusse ».

Poutine mise sur 2017

Pour François Clémenceau, en plus de l’extrême droite, ce sont aussi les « opportunistes de tous poils » qui se rangent derrière le président russe. « Ils sentent le vent tourner, eux qui se disaient américains autrefois et qui aujourd’hui veulent ménager Poutine par pur électoralisme… », a‐t‐il estimé. Un message directement adressé à l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui n’a pas hésité à révisé sa copie, lui qui se voulait très pro‐américain lors de son mandat en 2007. Aujourd’hui plus que jamais, le candidat à la présidentielle prône un rapprochement avec la Russie.

Un virage qui n’a pas échappé à Vladimir Poutine. Selon le Figaro, ce dernier, irrité par l’attitude de François Hollande, aurait menacé de ne plus rencontrer le président socialise, et d’« attendre l’élection d’un nouveau président» … ou d’une présidente.