37% de forêts primaires en moins entre 2000 et 2010

Un chef papou et des représentants d’une tribu amérindienne d’Equateur offrent une parure et une pirogue au Musée de l’Homme à Paris. Ces deux cadeaux sont des symboles des forêts primaires menacées dans le monde.

Attirer l’attention sur l’état des forêts primaires dans le monde. C’est ce qu’a tenté de faire, jeudi 13 octobre, le chef Mundiya Kepanga, ambassadeur de la tribu des Huli de Papouasie-Nouvelle-Guinée, en visite en France, ainsi que d’autres chefs de tribus. Parure, pirogue… ces deux cadeaux viennent de continents différents (le second de la forêt amazonienne), mais ils symbolisent les menaces qui pèsent sur les forêts primaires du monde.

Les forêts primaires ou forêts vierges sont « formées d’espèces indigènes où aucune trace d’activités humaine n’est clairement visibles », selon la définition de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO, Food and Agriculture Organization of the United Nations). En théorie, il n’y a quasiment pas de perturbations dans les processus écologiques de ces zones.

4,2 millions d’hectares en moins par an

En 2010, la forêt primaire représentait 36% des forêts du monde, soit 1,4 milliards d’hectares (ha). Mais cette superficie a diminué de plus de 40 millions d’ha depuis 2000. Première victime : l’Amérique du Sud.

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4,7 millions d’hectares : c’est la superficie de forêt primaire perdue chaque année pendant les années 1990. Le chiffre s’élevait à 4,2 millions d’hectares par an entre 2 000 et 2 010. Cette situation est en partie liée à la déforestation. Mais certaines forêts ont aussi été “déclassées” en raison d’interventions humaines ou d’exploitation sélective du bois, soit 31 millions d’hectares depuis 1990.

C’est en Amérique du sud que la perte est la plus importante, surtout au Brésil, qui détient 35% de la superficie totale des forêts primaires, soit la surface la plus importante de la planète. Le géant du sous-continent (7 fois la France) a perdu en moyenne 2,3 millions d’hectares entre 2 005 et 2 010, un chiffre légèrement en baisse comparé aux années 1 990, avec une perte moyenne de 2,8 millions d’hectares par an. La situation de l’Amérique du Sud s’explique aussi par des pertes considérables au Pérou et en Bolivie.

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L’Afrique a aussi connu des pertes remarquables. La superficie des forêts primaires est passé d’environ 61 millions en 1990 à près de 48 millions en 2010, même si la tendance ralentie.

Etats-Unis et Europe, bons élèves

A l’inverse, l’Europe ainsi que l’Amérique du nord et centrale ont vu leur forêts primaires s’étendre. Par exemple, les Etats-Unis ont gagné près de 200 000 hectares de forêts primaires par an sur les mêmes périodes, car la surface des aires protégées s’est accrue. En Europe, la superficie de forêts primaire a augmenté entre 1 990 et 2010, de 5 183 000 à 5 438 000. Elle détient 26% des forêts primaires dans le monde.

Indicateur essentiel de la diversité biologique, l’état de santé des forêts primaires garantit aussi la protection des sols et les ressources en eau. Ces forêts constituent aussi des pièges pour le carbone. Elles ont aussi des valeurs culturelles et religieuses pour les peuples qui y vivent.

En 2015, la surface des forêts primaires a encore diminué, avec un peu plus d’1,3 milliards, soit 33% de la forêt mondiale. C’est 3 points de moins qu’en 2010.