Harcèlement sexuel en politique : des collaboratrices parlementaires veulent libérer la parole

Plusieurs mois après l'affaire Baupin, un collectif de collaboratrices parlementaires a lancé un site pour recueillir des témoignages de victimes. Libérer la parole et informer sur les dérives sexistes qui sévissent dans les couloirs de l'Assemblée, tels sont leurs objectifs.

C’est une autre facette du sexisme en politique qu’elles entendent dénoncer : celui que subissent les femmes qui travaillent à l’Assemblée Nationale ou au Sénat. Tous ces regards lourds, ces sous-entendus graveleux, mauvaises blagues et autres réflexions humiliantes qui font le quotidien de collaboratrices parlementaires. Organisées en un collectif, plusieurs femmes ont publié une tribune dans Le Monde et lancé, ce lundi, un site participatif, ChairCollaboratrice, où elles appellent aux témoignages de manière anonyme.

Leur objectif ? Libérer la parole de toutes ces victimes. Dénoncer le sexisme ordinaire, mais surtout leur caractère « massif et quotidien, sans pointer du doigt tel élu, ministre ou autre homme politique », dans un métier qui suppose une « proximité avec son employeur ». Mathilde Julié-Viot, Charlotte Lestienne, Julie Rosenkranz, et Charlotte Soulary, qui travaillent pour des députés de gauche, respectivement l’écologiste Noël Mamère, les socialistes Mathieu Hanotin et Laurent Kalinowski, et l’ex-PS Pouria Amirshahi, en sont les portes-paroles. « Le monde politique s’insurge de façon épisodique, avec l’affaire Baupin, l’affaire Tron, l’affaire DSK, et l’actuel cas Baylet, mais ces affaires ne sont que des cas extrêmes. Les propos et agissements sexistes sont le quotidien des femmes en politique, qu’elles soient élues ou collaboratrices », dénoncent-elles, dans leur tribune.

« Attention, je vais te Baupiner »

Mais si la dénonciation de ces affaires a fait la une des journaux, le sexisme, lui, n’a pas disparu. Il aurait même «empiré après l’affaire Baupin», selon les initiatrices du site. « ‘’Attention je vais te Baupiner’’ était devenu une blague », se rappelle Charlotte Soulary. Au lendemain du lancement de l’initiative, les collaboratrices parlementaires ont déjà recueilli près d’une vingtaine de témoignages, tous révélateurs de l’ambiance machiste qui règne dans les couloirs du Parlement et des ministères. « “Tu sais, c’est marrant, je n’ai jamais couché avec une arabe !” “C’est marrant, moi je n’ai jamais giflé un député !”», peut-on lire, entres autres.

Abondamment relayée sur la toile et par plusieurs médias, leur initiative n’est pas passée inaperçue. L’Assemblée nationale s’est d’ailleurs empressé de publier un communiqué rappelant qu’il  était possible, « depuis novembre 2013, de se saisir de la question du harcèlement à travers un référent, qui accompagnerait les collaborateurs dans leurs démarches juridiques ou leur prise en charge psychologique et, depuis mai 2016, de saisir le déontologue». Quant à Gérard Larcher, président du Sénat, il s’est montré peu convaincant. Interrogé ce mardi par Fabienne Sintes au micro de France Info, il a expliqué que le sexisme n’était pas une «préoccupation mineure» au Sénat, et tenté de mettre en garde son public contre les effets «bulle». « Le harcèlement, ça concerne aussi les collaborateurs», a‑t-il conclu.

AF avec AFP.