Police : forte mobilisation dans un climat de tensions “antiflics”

Environ 500 policiers ont manifesté sur les Champs Elysées, dans la nuit de lundi à mardi, pour exprimer leur "ras-le-bol" après l'attaque de quatre d'entre eux à Viry-Châtillon (Essonne) le 8 octobre dernier. Cette mobilisation spontanée s'inscrit dans un contexte marqué ces dernières semaines par plusieurs agressions à l'encontre de policiers. 

« Nous devons nous souder. Entre bleus. » Ce sont les mots qui ont circulé par SMS parmi les policiers, lundi en fin d’après-midi, pour organiser une manifestation le soir-même.

Plusieurs centaines de policiers se sont ainsi rassemblés et ont manifesté de manière exceptionnelle, sans mot d’ordre syndical et malgré leur devoir de réserve, pour exprimer leur « ras-le-bol » après l’attaque contre leurs collègues dans le quartier de la Grande Borne, à Viry Châtillon (Essonne).

Le cortège, formé dans l’Essonne, est monté face à l’hôpital Saint-Louis, à Paris, où est soigné un adjoint de sécurité de 28 ans très grièvement brûlé aux mains et au visage après l’attaque au cocktail Molotov de son véhicule le 8 octobre.

A minuit et demi, les policiers étaient « environ 400, dont un large contingent venu du 91 » selon une source policière. Vers 1 heure du matin, les manifestations ont pris la direction des Champs Elysées, où ils ont perturbé pendant plus d’une demi-heure la circulation avant de se disperser. Au préalable, ils avaient entonné la Marseillaise au pied de l’Arc de Triomphe.

Livrés à eux-mêmes

« Nous sommes à bout », a lâché l’un des policiers sur les Champs Elysées. Cette manifestation nocturne revêt un caractère exceptionnel qui témoigne d’un certain sentiment d’abandon au sein des forces de l’ordre. « Face à une hiérarchie carriériste, des élites syndicales enlisées dans leurs conflits, et une justice complètement désintéressée par notre sort, nous devons nous souder », indiquait le SMS qui a servi à mobiliser les manifestants.

« On s’est organisé nous-mêmes, par les réseaux sociaux et le bouche à oreille », a expliqué à l’AFP une source policière. Avant le départ « le DDSP (directeur départemental de la sécurité publique, ndlr) est venu tenir son discours », selon la même source. Le rassemblement policier se tenant sur un parking, le directeur, « nous a comparé à des gitans, et nous a menacés de révocations et de conseils de discipline », a précisé la même source, ajoutant que les policiers ont alors tourné le dos à leur supérieur.

Mardi matin, le préfet de police Michel Cadot a rappelé aux policiers leur « code de déontologie » et leur « devoir de réserve et de loyauté à l’égard des institutions de la République » dans une note. « L’organisation de rassemblements durant le temps de service et avec des matériels administratifs, écrit le préfet, ayant pour objectif d’attirer l’attention sur des revendications ne serait pas acceptable ».

Agressions antipolice en chaîne

La manifestation nocturne intervient dans un contexte marqué par une série d’agressions à l’encontre des policiers. Outre l’attaque de Viry Châtillon, les forces de l’ordre ont également fait face ces derniers jours à un guet-apens suivi d’échauffourées avec une centaine de jeunes dans le quartier sensible du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines) ou encore une manifestation de soutien à de jeunes nationalistes corses qui a violemment dégénéré à Bastia, plusieurs dizaines de personnes jetant des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre et leurs véhicules.

A Paris, un nouveau tag antipolice a été découvert ce mardi sur le campus de l’université Paris VI Pierre-et-Marie-Curie, place Jussieu dans le Ve arrondissement. « Un bon flic est un flic mort, Acab » (un acronyme de l’anglais All cops are bastards, tous les flics sont des salauds, NDLR), pouvait-on lire sur ce tag.

Cette découverte intervient une semaine après celle de quatre tags antipolice le 11 octobre, à l’intérieur de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, dans le XIIIe arrondissement de Paris. On pouvait lire par exemple « Un bon flic est un flic mort », une inscription « constitutive d’apologie de crimes contre des policiers » selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, qui a porté plainte conjointement à l’université Paris I.

Soutiens sur les réseaux sociaux

Sur Twitter, on recensait mardi matin près de 2 000 messages postés avec le hashtag #JeSoutiensLaPolice. Parmi ces derniers, de nombreuses réactions de soutien venant de représentants du parti Les Républicains, comme Jean-François Copé, député-maire de Meaux et candidat à la primaire de la droite (LR).

Ce hashtag a également été repris par de nombreux sympathisants et élus du Front National, comme David Rachline, sénateur-maire de Fréjus (FN).