Syrie : la Russie suspend ses bombardements pour préparer une pause humanitaire

Après trois semaines d’intenses bombardements, la Russie annonce la suspension immédiate des raids aériens russes et syriens sur la ville d’Alep pour permettre la mise en place d'une pause humanitaire prévue pour jeudi.

Contre toute attente, l’armée russe et son alliée syrienne ont accepté d’œuvrer pour la protection des civils vivant dans la partie assiégée d’Alep. Le ministre de la Défense russe, Sergueï Choïgou, a déclaré que « les frappes de l’aviation russe et syrienne ont cessé aujourd’hui » en expliquant que cet arrêt immédiat des raids était « nécessaire pour la mise en œuvre de la pause humanitaire » prévue pour jeudi.

Cette pause humanitaire devrait permettre aux civils de quitter l’est de la ville. Selon Sergeï Chrougoï, les civils, malades et blessés pourront évacuer la ville via six couloirs humanitaires. Deux autres couloirs humanitaires spéciaux seront réservés aux combattants armés qui souhaitent quitter la ville.

Lente reprise des négociations

Cette initiative russe a pour but affiché d’aider au succès des négociations de paix, au point mort depuis le début des bombardements intensifs des armées russe et syrienne sur l’est d’Alep.

Le ministère de la Défense russe a annoncé une rencontre entre les Etats‐Unis, la Russie, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar mercredi à Genève pour relancer le processus de paix. Ces discussions seront axées, selon l’armée russe, sur «  la séparation entre l’opposition modérée et les terroristes à Alep », sujet récurrent de dissension entre les deux grandes puissances américaine et russe.

Washington reste sceptique face à cette annonce

La diplomatie américaine s’est dite sceptique devant cette annonce surprise de la Russie. Pour le porte‐parole du secrétariat d’Etat américain, name,« il est un peu tôt pour dire ce que cela vaut et combien de temps cela va tenir. On a déjà vu ce genre d’engagements et de promesses. Et on a vu qu’ils ont été rompus » faisant notamment référence aux récents accords sur le cessez‐le‐feu à Alep.

Alep, deuxième ville de Syrie et anciennement poumon économique du pays, est divisée depuis 2012 entre l’est tenu à la fois par des factions rebelles modérées et radicales et l’ouest de la ville contrôlé par les forces du président Bachar Al‐Assad.

Ce conflit complexe prend ses racines dans la répression par le régime d’Assad de manifestations prodémocratie en 2011. Il a fait plus de 300.000 morts et plus de 4 millions de réfugiés.

La Russie en Syrie depuis un an

Le 30 septembre 2015, le président russe Vladimir Poutine annonçait dans une allocution télévisée une intervention militaire en Syrie pour combattre le terrorisme international et venir en aide à son allié Bachar Al‐Assad.

La Russie est devenu depuis un allié de choix pour le régime syrien, bombardant majoritairement les rebelles soutenus par les Occidentaux. Elle le soutient également dans les négociations de paix.

En mars 2016, la Russie annonçait officiellement le retrait d’une grande partie de ses troupes après le « succès » de sa mission sur le territoire syrien.

Après un an, son influence reste impressionnante. Elle aide notamment le régime syrien à reprendre du territoire, le soutient dans le bombardement intensif d’Alep et défend ses intérêts au Conseil de Sécurité de l’ONU. Grâce à son droit de veto, la Russie a déjà invalidé plusieurs résolutions de paix sur la Syrie défavorables à son allié Assad.