Néo-nazis : un “citoyen du reich” blesse quatre policiers allemands

Berlin - Quatre policiers ont été blessés mercredi en Allemagne par un "citoyen du Reich", soit le deuxième incident violent en deux mois impliquant cette nébuleuse antirépublicaine, liée à l'extrême droite, qui inquiète les autorités.

Pour la deuxième fois en deux mois, un “citoyen du Reich” s’est attaqué à des policiers ce mercredi en Allemagne. Deux des enquêteurs ont été grièvement blessés par balle et l’un d’eux est “en danger de mort”, a précisé à la presse le ministre de l’Intérieur de Bavière (sud), Joachim Herrmann. Le suspect, un homme âgé de 49 ans, a été interpellé après avoir été légèrement touché dans l’échange de tirs, survenu lors d’une perquisition dans sa maison de Georgensmünd, bourgade bavaroise de 6.000 habitants.

Les forces de l’ordre s’étaient rendues chez lui pour “mettre en sécurité” la trentaine d’armes qu’il possédait légalement, l’homme n’étant plus jugé suffisamment “fiable” pour les garder chez lui, a ajouté M. Herrmann.

“Cet incident montre la dangerosité des extrémistes de droite”

L’homme était membre des“Reichsbürger”,  mouvance de nostalgiques de l’Empire allemand, qui rassemble quelque milliers de personnes, mêlant néonazis, adeptes de la théorie du complot et déçus de la République aux croyances ésotériques. En juillet dernier, le ministère de l’Intérieur Allemand avait déjà mis en garde contre le “potentiel de perturbation croissant” de cette dernière.

L’incident de Georgensmünd montre une fois de plus la dangerosité d’extrémistes de droite (…) trop longtemps considérés comme des querelleurs et des farfelus”, s’alarme auprès de l’AFP Ulla Jelpke, du parti de gauche radicale Die Linke.

“Imperméabilité aux arguments rationnels”

Surveillés de longue date, les “Reichsbürger” sont surtout connus pour leurs relations agressives avec l’administration, leur ardeur procédurière et leur imperméabilité “aux arguments rationnels”, souligne dans une brochure l’Etat régional de Saxe-Anhalt (est). Le ministère de l’Intérieur relève aussi leurs liens avec “le spectre néo-nazi et celui des négationnistes” et estime “qu’au moins une partie du mouvement ne recule pas devant la violence grave, pouvant aller jusqu’à l’homicide”.

Les “citoyens du Reich”, isolés ou regroupés dans une trentaine d’Etats fictifs allant de la “principauté de Germanie” au “Royaume de l’Atlantide” en passant par le “Saint-Empire romain”, estiment que l’Allemagne n’a jamais capitulé devant les Alliés et se trouve occupée depuis 1945. D’après eux, la “Société anonyme de la République” a pour seul but d’exploiter les Allemands au profit d’intérêts étrangers. Ils ne reconnaissent donc qu’une constellation de “ministres et chanceliers du Reich” siégeant dans des villes diverses.

 

Selon les courants, les “Reichsbürger” revendiquent les frontières de 1871 ou de 1937, mais tous refusent de payer des impôts, posséder des documents officiels et se plier à la justice de la République, arborant de faux papiers d’identité impériaux. Parmi les infractions recensées au sein du mouvement figurent les insultes, le harcèlement, l’incitation à la haine raciale et la falsification. Mais on leur reproche aussi de l’extorsion de fonds et des violences physiques.

“Un risque de crime”

En 2012, les autorités s’étaient inquiétées de l’enthousiasme suscité chez les “Reichsbürger” par l’attentat commis un an plus tôt par Anders Brevik, qui avait tué 77 militants socialistes en Norvège. “Le risque demeure que des auteurs isolés et radicalisés puisse commettre semblable crime”, disait le ministère de l’Intérieur.

Ce drame fait écho à un autre incident survenu fin août : un ancien “Monsieur Allemagne” de 41 ans qui avait remporté le concours de beauté national, se réclamant du même mouvement, avait alors ouvert le feu sur les policiers d’une unité spéciale venus l’expulser de sa maison à Reuden (nord), en touchant deux. Il avait été grièvement blessé et arrêté.