Obamacare en danger ?

Adoptée en 2010, la mesure phare des mandats de Barack Obama alimente régulièrement le débat politique de la campagne présidentielle.

Sa déclaration a fait l’effet d’une bombe. Le 3 octobre, lors d’un meeting dans le Michigan, l’ancien président américain Bill Clinton s’est exprimé sur la loi dite Obamacare (Affordable Care Act) qui a permis à 25 millions d’Américains de souscrire à une couverture maladie. Il a pointé les dysfonctionnements de ce système d’assurance en affirmant qu’il s’agissait de “la chose la plus cinglée au monde”. Des propos sur lesquels il est, par la suite, revenu :

“Je voudrais dire quelque chose à propos de la loi sur l’assurance santé, parce que les républicains veulent tout emmêler : j’ai soutenu l’Affordable Care Act et je le soutiens encore”.

En campagne à Youngstown dans l’Ohio le 5 octobre 2016

Ce n’est pas la première fois qu’Obamacare s’invite dans les débats pour la course à la Maison Blanche. Donald Trump et les républicains, qui tentent depuis six ans d’abroger la réforme de 2010, n’ont pas manqué de reprendre les propos de Bill Clinton. Le candidat républicain souhaite abolir cette “horrible chose” tandis que sa rivale démocrate Hillary Clinton veut la maintenir en y apportant des “modifications partielles”.

Nécessité d’améliorer le système

L’Affordable Care Act de 2010 a rendu obligatoire la souscription d’une assurance et mis en place un système de subventions pour aider les plus défavorisés à en acquérir une. Tout le monde s’accorde sur la nécessité d’améliorer le système. “Les primes sont devenues trop élevées” a admis Hillary Clinton au cours du second débat présidentiel. En effet, plusieurs millions d’Américains vont connaître l’année prochaine des hausses de tarifs de leurs primes assurance-maladie. Loin des 60% voire 70% annoncés par Donald Trump, cette hausse moyenne serait plutôt de 25%. 

Une hausse qui s’explique par un effet de levier. Dans un contexte où les coûts de santé sont élevés, le nombre de gens concernés par cette réforme est trop faible pour que l’opération soit intéressante pour les assureurs. Ces derniers ont donc tendance à pratiquer des tarifs élevés, parfois rédhibitoires pour les entreprises chargées d’assurer leurs employés.

Selon les analystes, le nombre de personnes concernées par la réforme reste limité : 60% des Américains sont couverts par le biais de leurs employeurs et n’utilisent pas Obamacare. En 2016, seuls 11 millions de personnes ont souscrit au nouveau système d’achat d’assurance Obamacare et par ailleurs, 83% d’entre-eux reçoivent des fonds publics pour compenser la hausse des coûts.

Carte par Etat de la hausse des primes Obamacare (source : Business Insider)
Carte par Etat fédéré de la hausse des primes Obamacare (source : Business Insider)

Face à l’augmentation des primes, nombreuses sont les entreprises qui préfèrent payer des pénalités plutôt que souscrire à un programme Obamacare. D’après une analyse de The Hill, le prochain président américain pourrait voir s’effondrer Obamacare dans les premiers mois de sa prise de fonction.

Si les chiffres d’adhésion ne s’améliorent pas cette année, d’autres assureurs pourraient jeter l’éponge. Cela mènerait à une augmentation des primes et à encore plus de gens incapables de participer. Cette année déjà, de nombreux assureurs annoncent des hausses substantielles des primes dans l’espoir de s’y retrouver face à la récente augmentation des coûts de la santé. Larry Levitt, spécialiste des questions de santé publique

En participant au programme Obamacare, les entreprises se voient dans l’obligation d’accepter toutes les demandes d’usagers et perdent parfois des centaines de millions de dollars. La réforme sera mise en échec une fois que plus aucune compagnie d’assurance ne souhaitera y participer ou lorsque les primes seront si onéreuses qu’elles dépasseront le tarif d’une assurance-santé ordinaire…