Duel inattendu pour la primaire écolo

Portraits croisés de Michèle Rivasi et Yannick Jadot, les deux finalistes surprise de la primaire écolo.

A gauche, Michèle Rivasi, 63 ans. A droite, Yannick Jadot, 49 ans. Après l’élimination surprenante de Cécile Duflot, c’est l’affiche du second tour des primaires écolos. Portraits croisés de ces inconnus du grand public.

  • Parcours politiques

Yannick Jadot est député européen depuis 2009 et a été réélu en 2014 aux dernières élections. Il est sorti en tête du premier tour des primaires écologistes avec 35 % des voix. Il est également un compagnon de route de Daniel Cohn-Bendit, qui dit de lui : “On ne s’est plus quittés, sur beaucoup de choses, on est d’accord même s’il est un peu plus radicalement de gauche que moi”.

Jadot a un vrai parcours professionnel avec de vrais jobs qui ne sont pas accessoires à un engagement politique, il a mené les deux carrières en parallèle”, explique son collègue, l’eurodéputé Pascal Durand.

Né en 1967, Yannick Jadot a fait ses premières armes dans la politique en participant à la création d’un mouvement étudiant “La Déferlante” en 1986. Après des expériences humanitaires au Burkina Faso, au Gabon et au Bangladesh dans les années 90, il intègre Solagral (Solidarité agricole et alimentaire), une ONG spécialisée dans le suivi des négociations internationales.

Il s’enorgueillit régulièrement d’avoir participé à ce titre “à la construction du mouvement altermondialiste” à Seattle en 1999 ou à Porto Alegre en 2001. Il fait un bref passage par la campagne de Noël Mamère à la présidentielle en 2002 où il “fait le lien avec José Bové”, puis devient le directeur des campagnes de Greenpeace France jusqu’en 2008. A ce titre, il participe à la création de “l’Alliance pour la planète” et prend part au Grenelle de l’Environnement en 2007.

Député européen à partir de 2009, il devient porte-parole d’Eva Joly pendant la campagne des primaires en 2011 avant de s’en éloigner, la jugeant trop critique à l’égard du parti socialiste.

“La faille de Jadot, c’est qu’il n’en a rien à faire de la cuisine politique (…) Çà le rend sympa mais, du coup, il n’est pas du tout dans la logique écurie donc il n’a personne autour de lui”, selon un ancien cadre du parti.

Michèle Rivasi est également députée européenne depuis 2009.
Née le 9 février 1953 à Montélimar (Drôme), cette agrégée en biologie, diplômée de Normale Sup et ancienne professeure d’IUFM, a fondé en 1986 la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad), deux semaines après la catastrophe de Tchernobyl.

Elle est également vice-présidente du Centre de recherche indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem). Députée apparentée PS de la Drôme de 1997 à 2002, membre du Parti socialiste de 2002 à 2003, alors proche d’Arnaud Montebourg, elle ne rejoint les Verts qu’en 2005. Elle siège au Parlement européen depuis 2009.

Ancienne directrice de Greenpeace France de septembre 2003 à novembre 2004, l’ex-adjointe au maire socialiste de Valence Rhône) est reconnue du monde associatif du fait de son travail contre la pollution de l’air et plus récemment contre le lobby de l’industrie pharmaceutique.

  • Personnalités

Yannick Jadot, souvent décrit comme “un mec bien”, est un personnage consensuel, adepte d’une écologie pragmatique. “Moi, ce que je veux, c’est redonner à l’écologie une image d’amabilité”, dit-il, inscrivant ses pas dans ceux de Nicolas Hulot.

Pour Daniel Cohn-Bendit, “c’est quelqu’un de très ouvert, très curieux, qui écoute et qui est capable de remettre certaines de ses positions en question, c’est le contraire d’un homme de parti ligoté par son idéologie”.

Sincère”, “solide”, “intelligent”, “brillant”, “très bon orateur”: quelles que soient les tendances interrogées dans le parti, l’homme fait l’unanimité.

Michèle Rivasi  est une femme de conviction et de terrain, forte d’une compétence reconnue sur les questions nucléaires et de santé.

C’est une locomotive avec une force de persuasion, un entrain et un véritable enthousiasme”, souligne Christian Courbon, spécialiste des investigations de terrain à la Criirad, qui la connaît plus de trente ans.

Encore peu connue du grand public, cette brune souriante à l’accent provençal et au caractère bien trempé, a “toujours été une femme qui mouille sa chemise”, souligne Jean-Charles Kohlhaas, porte-parole des élus EELV en Auvergne-Rhône-Alpes.

En revanche, si elle est respectée, elle n’en est pas moins jugée un peu “limite” par nombre de ses responsables. Certains lui reprochent notamment de “ne pas jouer collectif”.

cr — Avec AFP