Duflot, la sortie de route

Candidate la plus connue de la primaire écologique, Cécile Duflot a été éliminée dès le premier tour. Une éviction précoce qui vient sanctionner le passage au gouvernement de l'ancienne ministre du Logement.

Difficile de parler de surprise tant les écologiques sont abonnés à ce genre de rebondissements. Nicolas Hulot s’en rappelle encore sans doute, lui qui avait été éliminé par la bien moins populaire Eva Joly en 2011. L’élimination de Cécile Duflot dès le premier tour reste tout de même un petit séisme politico-médiatique. La candidate a seulement obtenu 3.000 voix sur 12.000 votants. Cette défaite a d’ailleurs fait le délice des internautes comme l’en atteste le hashtag #PrimaireEELV qui s’est retrouvé en tête des sujets plus discutés sur Twitter mercredi soir.

La disqualification prématurée de la députée de la 6e circonscription de Paris a au moins eu le mérite de braquer les projecteurs médiatiques sur la primaire écologique, passée jusqu’à présent sous les radars médiatiques et au succès populaire très limité (17.000 inscrits, dont Gaston Lecat, le chat du Monde).

Un passage au gouvernement critiqué par les militants

Pour mieux comprendre l’élimination de l’ancienne porte-parole d’EELV, figure la plus connue du mouvement, un motif d’explication apparaît rapidement : le fait d’avoir été ministre de François Hollande.

Même pour Yannick Jadot, son adversaire sorti en tête du premier tour, c’est assez évident : “Je crois qu’elle paie très injustement, notamment, sa participation au gouvernement, d’avoir assumé des responsabilités. Ce quinquennat est incontestablement un gâchis.

Pour la députée écologiste Danielle Auroi, l’analyse est sensiblement la même : il y a “une espèce de rejet de l’institution, parce qu’elle a été ministre”.

Un rejet au départ du système des primaires et une image d’apparatchik auront fini de la décrédibiliser aux yeux d’une grande partie des militants écologistes.

Le passage au gouvernement de Cécile Duflot n’aura pas eu la faveur des votants à la primaire.

La candidate déçue a fait part de sa réaction via son compte Facebook et n’a pas donné de consignes de vote pour le second tour :

“Les électeurs et les électrices ont majoritairement estimé que je n’étais pas la mieux placée pour porter le flambeau. J’en suis déçue, comme toutes celles et ceux qui ont cru en ma candidature.
Je remercie les milliers de personnes qui ont voté pour moi, toutes celles et ceux qui ont fait la campagne, dans laquelle j’ai rencontré des énergies vives, aux quatre coins du territoire. L’écologie a besoin de chacune et chacun d’entre vous, restez mobilisé.e.s !
Je vous appelle toutes et tous à participer au 2nd tour. Nous avons besoin d’une candidature écologiste qui tienne bon dans la tempête de 2017. Chacune et chacun fera son choix entre les deux candidatures arrivées en tête.
Pour ma part, je soutiendrai comme je m’y suis engagée celle ou celui qui sera désignée.” Cécile Duflot

Les écologistes qui ont quitté EELV n’épargnent ni leur ancien parti, ni la candidate malheureuse

Le fonctionnement d’Europe Ecologie Les Verts étrillé par les ministres écologistes.

Jean-Vincent Placé, ancien membre des Verts et secrétaire d’État chargé de la Réforme de l’État, n’a pas hésité à dénoncer jeudi sur France 2 “une forme de suicide, un peu Temple solaire” d’EELV.

Barbara Pompili, secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité dénonce elle sur LCI jeudi une stratégie d’isolement de la part Cécile Duflot : “Elle paie le fait d’avoir trop montré qu’elle était dans une stratégie personnelle. Depuis 2 ans, depuis 2014 où elle a pris une décision personnelle de quitter le gouvernement, en sachant qu’il y avait cette perspective de l’élection présidentielle, elle est partie vent debout, en ne pensant pas aux conséquences que cela aurait pour l’écologie. Résultat: elle a abîmé l’écologie et cette stratégie s’est retournée contre elle”.

Chez Daniel Cohn-Bendit, la critique est également féroce : “Ils lui ont fait payé son “Moi, moi, moi”. S’il y a gouvernement, “c’est moi qui décide”, pour sortir du gouvernement, “c’est moi qui décide”, pour la meilleure circonscription, “c’est toujours moi”. Les militants lui ont fait payer qu’EELV ce soit elle et que ce soit une catastrophe politique.”