VIDEO. Rats en prison à Lille : “On vit dans des conditions de 1800”

Dans une vidéo obtenue par France Bleu, un détenu dénonce la présence de milliers de rats déambulant dans la prison de Sequedin, dans le département du Nord.

Ils s’agglutinent par centaines, grimpant par les fenêtres et marchant sur les pas des détenus lors de leur promenade quotidienne. Dans une vidéo obtenue par France Bleu et publiée ce jeudi 20 octobre, un détenu alerte sur les conditions d’insalubrité subies par les résidents de la prison de Sequedin, dans le nord de la France.

 

“Quand on est en promenade, les rats marchent à côté de nous”, commente, en voix off, le détenu. C’est impressionnant le bruit qu’ils font. “Je n’arrive même plus à dormir. Ce sont des conditions de 1800, on est en 2016, dans une nouvelle prison. Ils sont en infraction totale avec la Convention européenne des droits de l’Homme”, souligne‐t‐il, fin juriste. Et de conclure : “Je me sens humilié, rabaissé. J’ai fait des erreurs, je ne suis pas au Club Med, je suis en prison mais il y a un minimum. Je n’ai pas été condamné à être humilié, j’ai été condamné à une privation de liberté, d’aller et de venir. Point.”

Contacté par téléphone, le responsable syndical de l’établissement pénitentiaire, M. Decary nous a confirmé la présence de nombreux rongeurs dans la majorité des prisons françaises. “Ils ne viennent pas de nulle part”, explique‐t‐il. “Depuis que l’intendance est assurée par un prestataire privé, la qualité des repas des détenus a baissée : pour protester, ils jettent leurs repas par la fenêtre, attirant des centaines de rats”.

Vivre au contact permanent des rats entraîne pour les détenus un risque accru de maladies : leur prolifération dans les cuisines rend probable une épidémie de leptospirose, maladie pouvant générer des symptômes allant de l’état grippal et les atteintes multi‐viscérales. “Les détenus sont également exposés aux cafards et à la gale”, souligne M. Decary.

La publication de cette vidéo intervient au lendemain de l’audience se tenant au tribunal administratif de Lille, au cours de laquelle un détenu de la prison de Sequedin a saisi le juge des référés, pour dénoncer la présence massive de rats dans l’établissement. L’avocat du plaignant de 35 ans, Olivier Cardon, a résumé la situation auprès de France Bleu : “Il se retrouve dans un trou à rats ! Il n’ose même plus prendre de douche, il y a des cadavres de rats qui risquent de transporter des maladies. Il a connu d’autres prisons, mais il n’a jamais vu ça. Il y a extrême urgence”

https://twitter.com/troblous/status/777081165148815360

 

Cette affaire n’est pas la première à mettre en lumière l’insalubrité des prisons françaises. Le 6 octobre 2016, l’Observatoire International des Prisons s’était constitué partie civile afin de dénoncer l’insalubrité de la prison de Fresnes, gangrénée par des punaises de lit, cafards et autres rats. En 2012, un rapport accablant émanant de la Direction de l’Administration Pénitentiaire pointait déjà les “violations graves des droits fondamentaux”. Une surveillante évoquait alors le second établissement pénitentiaire de France en ces termes : “Il y a des rats qui courent sur les coursives, ils n’ont plus peur des humains, ils sont là constamment. La nuit les surveillants ne peuvent plus faire leurs rondes parce qu’ils ne peuvent même plus passer tellement il y en a. Ils montent par toutes les canalisations, donc bien sûr, il y a des produits pour les tuer, mais ils sont tellement habitués, tellement bien nourris par tout ce que les détenus jettent par les fenêtres qu’ils ne mangent même pas le poison. Ils les attaquent carrément, ce sont des bêtes assez énormes ».