Bataille de Mossoul : l’Irak ne veut pas de la Turquie

Bagdad s’oppose à une participation d’Ankara à la reprise de la ville tenue par l’Etat islamique (EI).

La bataille contre l’EI peut en cacher une autre. Le porte-parole du commandement conjoint irakien des opérations a annoncé, lundi 24 octobre, que la Turquie ne participait pas à la bataille de Mossoul. Sommé de s’expliquer sur l’éventuelle implication d’Ankara dans la reprise de la ville contrôlée par l’EI depuis 2014, le commandement  “dément que la Turquie participe sous quelle forme que ce soit aux opérations pour la libération de la Ninive”, province dont Mossoul est le chef-lieu.

Explorer : Une semaine de bataille pour Mossoul en cartes  

Les forces turques sont-elles déjà présentes en Irak ?

Oui, quelque 700 soldats turcs sont notamment présents dans la base de Bachiqa, à environ 25 km au nord de Mossoul, qui permet l’entraînement de volontaires sunnites irakiens.

Le Premier ministre turc, Bilnaldi Yildirim, a d’ailleurs affirmé le vendredi 22 octobre que “l’artillerie turque [avait] frappé des positions de l’EI dans le nord de l’Irak à Bachiqa après que les peshmergas kurdes en [avaient] fait la demande”. Des journalistes de l’AFP ont également été témoins de ces tirs.

Pourquoi l’Irak ne veut pas de la Turquie sur son territoire ?

D’éventuelles dissensions entre chiites et sunnites, une fois que Mossoul sera tombé, sont redoutées par les deux parties.

La tension entre la Turquie et l’Irak s’est accentuée depuis que le gouvernement irakien a qualifié début octobre les soldats turcs de “forces d’occupation”. Bagdad réclame le départ de ceux qui se trouvent sur la base de Bachiqa.

Le Premier ministre irakien a notamment déclaré, le 22 octobre, que “la bataille pour Mossoul est une bataille irakienne” et que  “ceux qui la conduisent sont irakiens”. Pour Haider al-Abadi, “les Turcs veulent participer, nous leur disons merci, c’est quelque chose que les Irakiens vont gérer” avant d’ajouter que “si un soutien est nécessaire, nous le demanderons à la Turquie ou à un autre pays de la région”.    

Aux portes de Mossoul, les forces spéciales irakiennes piaffent d’impatience

Pourquoi la Turquie souhaite intervenir en Irak ?

La Turquie sunnite ne veut surtout pas d’une participation des milices chiites à la reprise de la deuxième ville d’Irak, ni de celle des groupes armés kurdes affiliés à leur ennemi juré d’Ankara, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Selon Aykan Erdemir, de la Fondation pour la Défense de la démocratie basée à Washington: “Erdogan est inquiet pour la future composition ethnique et confessionnelle de Mossoul et il veut s’assurer que les Kurdes et les chiites n’auront pas la haute main”.

La Turquie entretient toutefois de bonnes relations avec le gouvernement kurde irakien. Par ailleurs, plus de 1,5 million de Turkmènes vivent dans le nord de l’Irak, qui fut un territoire de l’empire ottoman pendant quatre siècles.

Quelle est la position des Américains ?      

En visite ce week-end à Ankara, le secrétaire américain à la défense, Asthon Carter, a voulu rassurer l’allié turc, deuxième armée de l’OTAN : “la Turquie doit prendre part aux opérations sur Mossoul”. Seulement, dans le même temps, un haut responsable américain déclarait, sous couvert d’anonymat, que le rôle d’Ankara serait “non directement militaire”, mais plutôt centré sur l’aide humanitaire et la formation militaire. Bien loin des rêves de reconquête néo-ottomane exprimés par le président Recep Tayyip Erdogan.