Coup d’envoi du démantèlement de la “jungle” de Calais

Les premiers cars ont quitté le camp de Calais lundi 24 octobre avec à leur bord des centaines de migrants. Destination : l’un des 451 centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis sur tout le territoire.

Début du démantèlement pour le « plus grand bidonville de France ». « Bye, bye, Jungle ! » criaient les migrants soudanais alors que les premiers cars quittaient la « jungle de Calais » (Pas-de-Calais) lundi 24 octobre au matin. Entre 6000 et 8000 personnes sont concernées par l’évacuation qui devrait durer une semaine selon le gouvernement, et suscite déjà l’inquiétude.

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L’opération a débuté dès l’aube. Un grand hangar désaffecté a été installé près de la « jungle » et constitue un sas pour accéder aux autocars. Les migrants doivent se diviser sur quatre files: adultes seuls, famille, personnes vulnérables et mineurs. Après un entretien, ils sont répartis entre les douze régions (hors Corse), symbolisées par des couleurs.Chacun a le choix entre deux régions. L’Etat a prévu 451 centres d’accueil et d’orientation (CAO) pour recevoir les migrants calaisiens, majoritairement soudanais, afghans et érythréens, sur tout le territoire. Beaucoup voudraient rejoindre Paris, mais l’Ile-de-France, déjà saturée, ne fait pas partie des destinations possibles. 

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Le premier car à avoir quitté le camp transportait 50 Soudanais et a pris la direction d’un centre d’accueil en Bourgogne. Quarante-quatre cars devraient le suivre au long de la journée, et encore quarante mardi.

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En tête de la première file, Bachir, un Soudanais, attendait depuis 04h00 du matin. Souriant dans son sweat à capuche, le jeune homme de 25 ans assurait que “n’importe où en France” sera mieux que les tentes du quartier de la communauté . Ce matin, lors du départ des premiers cars, seule la file « adultes seuls » était pleine. « Si on arrive à orienter 2.000 à 2.500 personnes lundi, c’est très bien», estime Didier Leschi, directeur général de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration).

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Infographie AFP

Une “opération à risque

Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve assurait ce matin que l’évacuation se déroulait « dans le calme et la maîtrise », malgré l’inquiétude suscitée par de heurts dans la soirée de dimanche. Selon une source policière, 120 grenades lacrymogènes avaient été tirées. Plus de 1200 policiers et gendarmes sont mobilisés aux côtés des bénévoles associatifs. Les pouvoirs publics reconnaissent en effet qu’il s’agit d’une « opération à risques, qui peut  dégénérer ».

Le dispositif laisse pourtant perplexe Natacha Bouchart, maire Les Républicains de Calais: « Je ne comprends pas qu’une telle opération ait été montée sans la coopération de la ville », regrette-elle sur une radio locale. Et la maire d’insister: “Rien n’a été fait pour les empêcher de s’installer de façon anarchique. Donc, vous comprenez bien que je suis perplexe par rapport au fait que les choses vont bien se dérouler et que nous n’avons aucune garantie, aucun dispositif pour nous confirmer qu’il n’y aura plus ces difficultés par lesquelles nous passons depuis maintenant trois ans”.

Le sort des mineurs en suspens

Au-delà de la sécurité, la principale inquiétude porte sur le sort des mineurs: beaucoup d’entre eux sont concernés par le regroupement familial et souhaitent passer la Manche. Mohammed, un Éthiopien, regarde les premières files se former avec scepticisme. « Je suis mineur, je veux passer en Grande-Bretagne, les bus ne m’intéressent pas »,assène-t-il avant de faire demi-tour vers le campement. Comme lui, environ 1300 mineurs sont recensés dans la « jungle », et 500 auraient de la famille Outre-Manche. Selon le directeur général de l’association France Terre d’Asile, Pierre Henry, 200 mineurs ont rejoint leur famille au Royaume-Uni la semaine dernière, mais le pays reste réticent à les accueillir.

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Une réticence qu’Emmanuelle Cosse, ministre de logement, a encore vivement critiqué ce matin. « Nous voulons que l’ensemble des mineurs qui relèvent du regroupement familial soient admis le plus rapidement possible », a‑t-elle affirmé, estimant que « plusieurs centaines devraient être admis rapidement ». En tout état de cause, les moins de 18 ans ne sont pas concernés par l’évacuation et seront hébergés au Centre d’accueil provisoire (CAP) et au centre Jules Ferry.

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Si les premiers départs ne sont bien déroulés, Christian Salomé, président de l’association “L’auberge des migrants”, invite à la prudence. Le responsable associatif se dit « beaucoup plus inquiet pour la fin de la semaine, quand il ne restera que les gens qui ne veulent pas partir et qui veulent persister à rejoindre l’Angleterre ». Ils seraient 2000 à vouloir rester sur place pour passer outre-Manche.